‹ Histoire de Charles VIIChapitre 82 sur 340 · Voir le texte dans D. Morice, 1. 11, col · texte numérisé non relu

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2. On a des letires du Dauphin en date du 16 octobre 1439 (Le Grand, vol. VI, f. 67) qui montrent bien la part qu'il avait aux affaires.

3. Commission en date du 12 décembre li39. Archives, K 65, n« 11 ; Thibeaudeau, Histoire du Poitou. Nouv. édit. publiée j)ar M. de Sainte-Hernnne (1840). t. H, p. 468. Cf. lettres du 21 décembre, publiées par M. Ë. Charavay, Lettres de Louis XU t- 1. p« 178. Les trois conseillers étaient Jean de Montmorin, conseiller et maître des requdtos do Thôtel du Roi, Pierre de Tullières et Jean Colas, conseillers au Parlement.

4. Le Dauphin était le 17 décembre à Gholet; il se rendit ensuite à Fontenay-le-Coiiite, où U resta jusque vers le 5 mars (Lettre du dauphin du 17 décembre-. Extraits de comptes, dans Lettres de Louis XI, 1. 1, p. 3 et 170). Le 19 janvier, de Pouzauges (Vendée), il envoya un message à son père à Angers (Lettres de ce jour : British Muséum, Àdditional charterSf n^ 4427). Le 29 janvier, de Fontenay=-le-Comte, il fit partir pour la même destination Amaury d'Éslissac et Guillaume d'Avaugour (Pièces originales, 1080 : Estibsac; Letires de Louis XI, 1. 1, p. 180).

5. Dès le milieu de janvier le Dauphin entretenait des relations avec le duc de Bretagne : le 19 janvier, k Pouzauges, il fit faire un paiement à un envoyé du duc venu « pour certaines grosses besognes » (Pièces originales , 2035 : Moxtmorin) ; le 25 janvier il envoya à ce prince son maître d'hôtel Gabriel de Bernes k luy porter lettres de créance pour besoignes touchans gi*andemcnt Monseigneur et nous. (Pièces originales, 305 : Bernes; Lettres de Louis XI, t. l, p. 183).

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venue pour lui de se mettre hors de page, et qu'il lui semblait « qu'il feroit très bien le profit du royaume*. » Tous les autres ofBciers de la maison du Dauphin qui ne consentirent point à entrer dans le complot furent chassés:

Cependant Charles VII avait quitté Angers avec le dessein de se rendre à Bourges. C'est dans cette ville qu'il avait convoqué, pour le 15 février, une nouvelle. réunion plénière des États Généraux, où les plus graves questions devaient être agitées : Textinction du schisme, la paix avec l'Angleterre, la délivrance du duc d'Orléans , enfin la réforme de l'armée'.

En passant par Tours , le Roi apprit la réunion des princes à Blois. La gravité de la situation lui apparut du premier coup ; il s'agissait, en effet, de le mettre « en tutelle, » de substituer l'autorité du Dauphin à la sienne, et de faire passer la direction du gouvernement aux mains des princes *.

Charles VII partit aussitôt pour Amboise. Là, il adressa une circulaire à ses bonnes villes pour les mettre en garde contre les agissements des princes et défendre qu'aucune assistance fût prêtée aux rebelles*. Le connétable de Richement, Gaucourt et Saintrailles se trouvaient alors à Blois , où ils vérifiaient les montres des gens de guerre : ils reçurent l'ordre d'aller trouver le duc de Bourbon et de le sommer de s'expli-

i. Jean Chartier, 1. 1, p. 253-54. Cf. Thomas Basin, t. I, p. 136.

!2. Lettre du U février.

3. « Le Roy saichant véritablement que monseigneur le Daulphin avoil entreprins d'avoir le gouvernement du royaulme de France, et mettre le Roy son père quasi en tutelle. » (La Cronique tnartinienne, fol. cclxxxv v».) -— «Si estoitleur intenciôn que le dessusdit Daulphin aroit seul le gouvernement et povoir du royaume de France et que le Roy Charles son père scroit mis comme en tutelle et gouverné par eulx. » (Monstrelet, t. V, p. ilO.) — « Sous ombre de nostre fils le Daulphin , dit le Roi dans ses lettres du 2 mai, lequel, qui est encore en jeune aage, comme chascun sait, par enhortemens et séductions , ilîs (les ducs de Bourbon et d'Alençon , le comte de Vendôme et autres) ont prtns et fait jomdre avec culz, en le voulant cslever en gouvernement et régence par dessus nous et contre nostre autorité et majesté royale. » (Duclos, Hùtmr€ de Louis XI, Preuves, p. 16.)

i. Cbartier, 1. 1, p. 25i. — Nous avons le texte de la lettre missive, en date du Si février, adressée aux habitants de Reims (voir aux Pièces juslificatives). Mention d*une lettre semblable est faite dans les Comptes de Gompiëgne (extraits dans D. Grenier, % frù , 2« partie, f. 19). — Kn même temps le Roi fit rédiger des lettres patentes qui furent successivement envoyées à toutes ses bonnes villes. Elles se trouvent aux archives de Narbonne, AA 140, et ont été publiées pai* M. Mouynès, dans son Inventaire de Narhcnne^ série A A, annexes, p. 391 .

qiier, en insistant sur le mal que, par sa révolte , il allait faire au Roi et au pauvre peuple du Royaume*. A cette ouverture, le duc ne répondit que par des récriminations et des injures, déclarant que rien ne Tempêcherait de passer outre*. D'Amboise, Charles VII se porta sur Loches, dont le sire de Chaumont lui refusa l'entrée, et tandis que le duc de Bourbon mettait garnison à Montrichard, il fit attaquer le petit Blanchofort qui , quatre jours après , fut fait prisonnier devant Loches , et « détrousser » Antoine de Chabannes , le grand Blanchefort et d'autres capitaines rebelles. Le duc de Bourbon faillit même être pris à Loches , en venant y mettre garnison. Laissant devant cette place un corps de ' troupes qui se fortifia dans les faubourgs, le Roi s'avança vers le Poitou, en compagnie du connétable, qui s'était empressé de le rejoindre, de Charles d'Anjou , du comte de la Marche , du maréchal de Lohéac, de l'amiral de Culant, de Saintrailles et de Brezé. « Souvenez-vous du roi Richard, lui avait dit le connétable; prenez les champs, sans vous tenir enfermé dans vos places'. » Pour bien montrer à tous que là seulement où il se trouvait

1 . Mémoire cité, p. 1 1 . Lettres du mois d'avril en faveur de Saiot-Siaixent, dans Richard, Recherches sur l'organisation communale de la ville deSaint-Maixent^p. 196.

2. « Lequel mon dit seigneur de Bourbon respondit plusieurs grandes, oultrageiises et deshonnestes paroles, qui bien seroient longues et deshonnestcs pour luy à reciter, entre lesquelles il dut dire que pour le Roy ne fairoit rien et qu*il fairoit passer les gens d'armes. » Mémoire cité, p. 11.

3. Je sais dans mon récit la relation officielle insérée dans le mémoire' déjà cité, avec laquelle concorde le témoignage du héraut Berry. Je m'écarte par conséquent de la version de Gniel, Técuyer du connétable, beaucoup moins sûre, bien qu'elle ait été adoptée par la plupart des historiens. 11 est constant que le connétable était h Biois au moment où le Roi fut informé de la révolte des princes, et qu'il fut même, comme le dit Grael, «c fort attaqué par les princes, n qui songèrent un moment à mettre la main sur lui; il est constant que, quand il revint à Âmboise près du Roi, celui-ci, < non voulant que mondit seigneur de Bourbon et ses adhérons fissent de luy comme les Anglois firent do Roy Richart » — cette allusion se trouve dans la relation officielle avant -d'être placée par Grueldans la bouche du connétable, — avait déjà pris les armes, s'était porté sur Loches, et avait fait détrousser le petit Blanchefort : Gruet constate lui-même le fait : il dit que l'échafaud était dressé , et que ce fut à la requête de son maître que le Roi fit grâce; il est constant enfin qu'une première démonstration armée très énergique — et c'est là ce que nous révèle la relation inédite — fut faite dès le début et contribua à arrêter un mouvement qui sans cela aurait pu prendre des proportions beaucoup plus considérables. L'arrivée de Richement à Amboise eut lieu entre le jour où le Roi parut devant Loches et celui où , quatre jours après , il se porta de nouveau devant cette ville , espérant y assiéger le duc de Bourbon. Or, il y a des actes du 24 février, donnés à Amboise : cVst donc vers cette date que le connétable opéra sa jonction avec le Roi.

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était le siège de l'autorité royale, le Roi avait fait peindre sur ses bannières une couronne d'or*. Mis en demeure de remettre le Dauphin entre les mains du Roi', le duc d'Alençon s*y était refusé et poussait \^ivement la campagne. Déjà Melle était en son pouvoir ; La Roche avait reçu une garnison , et Saint*Maixent était menacé. Charles VII ne perdit pas un instant. Le 2 mars il occupa Mirebeau^; de là^ il alla droit à Melle, dont il s empara', ainsi que de deux autres places, et somma Niort de lui ouvrir ses portes. En moins de cinq jours il avait réussi à atteindre l'insurrection dans son foyer et à lui portçr un coup mortel*. Le duc d'Alençon, voulant gagner du temps, fit faire des ouvertures à ses oncles le connétable et le comte de la Marche ; ces négociations, agréées par le Roi, suspendirent un instant les hostilités. Mais le duc était si peu sincère qu'à ce moment même il ne craignait pas de faire appel aux Anglais : il ne tint point à lui que le comte de Huntingdon ne vînt prêter main forte aux rebelles '.

Le Roi , voulant se rendre à Bourges pour la réunion des États Généraux, s'était arrêté à Poitiers; il y célébra (27 mars) la fête de Pâques. Il attendait, d'ailleurs , des renforts qui devaient lui arriver du Midi *. Le dimanche de Quasimodo (3 avril),

1. «c Nous soioDS mis sas ea armes et porté et fait poiier par enseigne, es panons des lances de nostre compaignye , une couronne d'or. » Lettres de Charles VII d'avril 1440, par lesquelles il donne à la ville de Saint-Malxent des armes où figure celte couronne d'or. Ricbard, L c, p. 196.

3. On a une lettre missive aux consuls et habitants de Narbonne, datée de Mirebeau te 2 mars ; le Roi leur envoyait ses lettres patentes du S4 février, en leur recommandant d'en accomplir le contenu ic de point en point, sans y faire aucune faulte, » et de n'obéir ni à son fils ni aux princes ; il terminait en ordonnant d'envoyer des députés , si déjà on ne l'avait fait, à l'assemblée de Boui'ges, car son intention était « d'icelle tenir et estre en brief. » Original aux Archives de Narbonne, A A 142 ; Texte dans Y Inventaire de Narbonne , /. c. p. 392.

3. Snr la réduction de Melle, due à Guillaume Perceval, écuyer d'écurie du Roi, voir des lettres du mois de mars 1446 (Archives, JJ 177, n« 170). -> Le Roi étant à Saint- Maixent, le 10 mars, enleva au sire de Montenay, coupable de s'être joint aux princes révoltés, la châlellenie de Falavier (Archives de l'Isère, B 3224, f. 350).

4. « Sed prsBveniens rex, etcavens lie longius evagarelur initiatum incendium, eum viriliter et cum magna festinatione est prosecutus. » Thomas Basin, 1. 1, p. 137.

5. « Envoyèrent (le duc et Jean de la Roche) requérir le comte de Honenton à leur secours , lequel ne voulnt venir s'ilz ne luy bailloient places en Poitou , et ib: n'avoient qoe Niort et Bertueil. » Mémoire cité, p. 13.

6. Lettres du 10 mars, citées par D. Yaissele, t. IV, p. 494. — Le 28 mars, le Roi donna dans cette ville des lettres révoquant Jacques de Chabannes de la ctiarge de séné-

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en sortant de la messe ^ Charles VII apprend tout à coup que le duc d'Alençon et Jean de la Roche se sont emparés de Saint- Maixent par trahison, mais que les religieux de Tabbaye et de couragexix bourgeois tiennent encore , soit dans Tabbaye , soit dans la bastille de la porte de la Croix. Il dîne à la hâte , fait partir Coëtivy, Lohéac et Brezé, à la tête de quatre cents lances; lui-même monte à cheval, et arrive à sept heures du soir avec le reste de ses gens \ La ville est occupée, et, durant la nuit, le duc d'Alençon prend la fuite. Le siège est mis devant le château , que Tartillerie force à capituler au bout de quelques jours. Justice est faite des rebelles, et la vie n'est accordée qu'à ceux qui ont mérité la clémence royale'. Les princes s'étaient rassemblés à Niort; à l'approche du Roi ils évacuèrent cette ville, qui rentra dans l'obéissance. En même temps Jamet de Tillay et Fouquet Guidas leur enlevaient Montrichard.

Le Roi croyait la révolte comprimée; il revint à Poitiers dans rinteniion d'aller à Bourges, où les députés attendaient sa venue. Mais bientôt il apprit, que le duc d'Alençon avait emmené le Dauphin ^en Auvergne; que là le jeune Louis et le duc de Bourbon avaient lancé un manifeste excitant à la révolte les villes d'Auvergne, du Dauphiné et de Champagne,

chai de Toulouse el le remplaçant par Galobie de Panassac (Original, Cabinet de i*auteur; D. Vaissete, t. IV, pf^«t;«5, col. 455). Le Iv avril, îl révoqua Jean du Chastel, cbàtelain et capitaine de Revel, qui s*était joint aux rebelles (Arcbives de Tlsére, B 3224, f. 347).

1. Mémoire cité, p. 13; Berry, p. 407; Ghartier, 1. 1, p. 255; lettres du 16 avril 1440, Ms. tr. 20584, f. 41, éditées par Richard, /. c, p. 199. ~ G*est un bourgeois de Saint-Matxent, Pierre Doulx, qui, se jetant à la hâte sur son meilleur cbeval, l'avait crevé pour venir avertîï* le Roi. Gharlçs VII, potir le récompenser et le dédommager dece que les rebelles avaient tout pris et pillé chez lui pendant quMl se rendait à Poitiers , lui donna une rente de 100 livres à toucher pendant dix ans. — Un autre bourgeois, Jean Sachier, qui avait pris Tinitiative de la résistance, avec vingt-trois compagnons, fat nommé valet de chambre du Roi et eut Tadministration de la vieille aumônerie de la ville. ~ Saint-Maixent reçut, par lettres données surTheure même, en reconnaissance et perpétuelle mémoire de sa « grande et bonne loyaullé et vaillance, • la fkveur d'avoir pour armes, à perpétuité, « un escu dont le champ soit de gueulles et une couronne d*or par dedens, avecques troys fleurs de lis[d'or au chief dudit escu. » Les habitants eurent le privilège d'avoir un corps de ville et d'élire eux-mêmes leurs deux magistrats. Les religieux furent également récompensés de leur fidélité. Voir Richard, /. c, p. 18 el suiv.

2. « Le Roy tint le siège devant ledit chasteau huit ou dix jours, et le fit batre d'angins et de bombardes , tellement qu'il eut cculx de dedans à sa vdenté, et en fist trancher les testes et morh* jusques à vingt-quatre ou vingt-cinq; et à bien soixante, parce qu'ils Pavaient tousjours servy en ses frontières, donna la vie. » Mémoire cité, p. 13.

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leur promettant la suppression des aides, et convoquant leurs députés à une assemblée d'états qui devait se tenir à Lyon. En même temps les hostilités avaient recommencé : une doubla tentative avait été faite sur Montferrand et sur Glermont. Enfin les princes cherchairàt à réunir les nobles d'Auvergne pour leur arracher une promesse d'assistance *.

Le 24 avril, le Roi écrivit une nouvelle circulaire à ses bonnes Tilles. Il énonçait nettement le but poursuivi par les princes , qui avaient séduit le Dauphin « en le voulant, disait-il, eslever, mectre sus et faire régenter à rencontre de nous, de nostre auctorité et mages té royal, ou très grant dommage et préjudice de nostre seigneurie. » 11 ajoutait que les princes persévéraient dans leur entreprise, que récemment ils avaient fait partir le Dauphin de Niort et l'avaient emmené en Bourbonnais ou en Auvergne, « en entencion de séduire et arctraire à eulx, soubz umbre de lui, par son moyen et par faulx donner à entendre, lesdiz pais, et aussi nostre pais de Languedoc et autres de par delà, et iceulx brouiller et diviser et mectre contre nous. » Le Roi annonçait que, pour y donner provision, il partait présentement pour « tirer après, » et s'approcher desdits pays. Enfin il donnait de la façon la plus formelle l'ordre de ue point obéir aux princes , de ne leur prêter aucune assistance et de ne point répondre à leurs messages ^

Au moment de quitter Poitiers, Charles VII vit arriver Ber-

trandon de la Broquière , porteur d'une lettre du duc de Bour-

• gogne *. Le duc suivait d'un œil attentif les événements ; il

s'était mis en relation avec le Roi et avec le Dauphin * ; son

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