Original aux Archives, P 1372^ rote 20î
134 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1440
et lé duc de Bourbon étaient venus vers lui « en toute humilité et obéissance, » et qu'ils avaient reçu son pardon. En conséquence, il ordonnait que toutes guerres et voies de fait cessassent désormais ** Le 18, écrivant aux habitants de Reims, le Roi leur annonçait Tévénement, ajoutant que la soumission des princes s'étaiit opérée à des conditions entièrement à son bien et à son honneur *.
En rentrant en grâce, le Dauphin se vit privé de sa maison. Mais, par une marque singulière de Tindulgence paternelle, le Roi lui céda le Dauphiné et lui en confia Tadministration, avec une pension de huit cents livres par mois'; un peu plus tard il lui donna la châtellenie de Roqueserrière^ Quant au duc de Bourbon , la seule obligation qu'on lui imposa fut de rendre toutes les places qu'il détenait induement *•
1. Original, portant la trace d'un sceau plaqué, aux Archives, P 1400 ^ cote 86S; Livre vert vieil second du Châiélei de PariSy aux Archives, Y i, f. i5 : texte reproduit par M. Tuetey, dans son édition du Journal d'un bourgeois de Paiis (p. 353, note). Cf. même texte dans Compayré , Éludes historiques et documents inédits sur l'Albigeois , etc. (Albi , 1841 , in-i») , p. 48. Ce document est donne sous une forme abrégée par Monstrelet (t. Y, p. 415), avec la date du 24 juillet.
2. « Des nouvelles de par deçà : Nostre filz le Daulphin et nostre cousin de Boarbon sont venuz par devers nous en toute humilité et obéissance , requerans pardon de| la désobéissance par eulx envers nous faite; lesquelz, pour ces causes, avons receux en nostre bonne grâce et obéissance, moyennant plusieurs conditions et toutes à nostre bien et honneur. » Lettre missive du 18 juillet 1440, aux archives de Reims.
3. (( Savoir faisons que, comme nostre très cher et très amé filz Loys, Daulphin de Yiennois, par la grâce de Nostre Seigneur soit venu en aage suffisant pour avoir cognoîssance et soy employer es besongnes et affaires de nostre royaulme, et d'avoir estât et gouvernement, et aucunes terres et seigneuries dont il se puisse aucunement aidier et soutenir son estât et despénse... :» (Lettres en date du 28 juillet 1440, dans Duclos, Preuves, p. 20.)Toutefois le Dauphin ne pouvait changer les officiers en fonctions, et le sceau du Dauphiné restait aux mains du chancelier de France. Le roi avait, on Ta va, dans le cours des négociations , pris une sorte d'engagement en répondant aux demandes du Dauphin relativement au Dauphiné et à son estât : « Quant monseigneur le Daulphin viendra devers le Roy en humilité qu'il doit , le Roy le traictera comme son seul filz et pourvoira à Testât de luy et de madame la Daulpbine en manière qu'il en devra estre content. ^ (Preuves de la Chronique de Mathieu d'Escouchy, p. 24.)
4. « Savoir faisons que, pour aucunement ayder à nostre très cher et ti;ès amé -filz le Daulphin de Yiennois à supporter les grans charges et despens que faire et soustenir lui convient cbascun jour, et à ce qu'il ait mieux et plus honnorablement de quoy maintenir son estât... » Lettres données à Chartres le 19 décembre 1440. Archives, P 8531 , f» 180 vo.
5. On voit par Ténomération donnée par Monstrelet (Cf. Journal d'un, bourgeois de Paris, p. 352) que Corbeil et le Bois-de-Yincennes étaient encore aux mains du duc de Bourbon. Ce prince n'avait donc pas exécuté le traité dont il est parlé plus haut (p. 116).
1440 LA PRAGUERIE. 13S
Cette audacieuse prise d'armée se terminait par la complète victoire de la royauté ; et ce triomphe, il est impossible de le mer, était dû à Ténergie et à Thabireté de Charles VIL Au milieu du désarroi universel occasionné par cette révolte, il avaut^ avec une rare promptitude, pris les mesures nécessitées par les événements; après avoir comprimé Tinsurrection dans son foyer au moment où elle allait être secondée par les
Anglais, il l'avait poursuivie partout où elle relevait la tête , et
c'est en s'appuyant sur le sentiment public qu'il avait impose sa loi aux rebelles.
Les faits que nous venons d'exposer nous ont conduits à un moment décisif dans l'existence de Charles VIL Sismondi écrit à la date de 1439 : « Nous sommes arrivés à l'époque où il s'opéra dans les habitudes de Charles un changement que les historiens du temps n'expliquent point, ne remarquent pas même, et qui restera toujours un phénomène étrange de l'esprit humain*. » On a vu pourtant que cette transformation ne fut ni si brusque ni si complète qu'on l'a prétendu*. Il y a dans la vie de Charles Vil des énigmes , des contradictions que le joug d'un Louvet, d'un Richement ou d'un La Trémoille ne suffit point à expliquer. Chose étrange ! dans cette période où, selon Texpression d'un historien moderne, Charles régnait « avec une faiblesse dégoûtante ', » il n'avait point , aiùx yeux deâ contemporains , certains vices qui se développèrent plus tard*. L'évêque de Beauvais Jouvenel des Ursins, qu'on ne
i. Sismondi, Histoire des Français, t. XIll, p. 3M.
2. € Jusqu'alors Charles avait paru incapable d'attention , d'intérêt à se^ propres afiaires, d'activité, de sàcriGce de ses aises ou de ses plaisirs : dès à présent, au contraire, nous le verrons montrer une ferme volonté de rétablir l'ordre dans son royaume, d'en chasser ses ennemis , de sacrifier son repos, ses plaisirs à son devoir, et une intelligence remarquable dans le choix des moyens pour arriver à son but. » Sismondi , t. Xm, p. 3U-45. .