‹ Histoire de Charles VIIChapitre 88 sur 340 · Ce sont l^s propres expressions dQ Sismondi · texte numérisé non relu

Ce sont l^s propres expressions dQ Sismondi

4. Voici ce que dit le bom^uignon Chaslellain, à. la date de. U3Û (t. U, p. 179) : 4 Néanmoins aucuns vices soustenoit...., lesquels se déclareront es liei^x là où les matières d'jelles-fflâmesea donneront àcognoisti-e clerement les effets, et desquelles il n'est heure présentement d'en cscrire en général Par quoy les vices encore n^ayant point et Heu y il loist bieat de manifester les vertas,.èsquelles , en clère œavce de Dieu , il deviendra glorieux par dessus grant nombre de ses pères, quant de très povre et miserabli* commentcment , il est parvenu à gloiicuie lin.... »

peut certes accuser dlndulgeuce — nous en aurons bientôt la preuve , — n'écrivait-il pas en 1433 : « Il n'y a en luy aucun vice * î »

Ne voyons point Charles VII avec nos propres yeux, qui risqueraient fort de nous tromper ; voyons-le tel que les faits nous le montrent, tel qu'il apparaît, aux diverses époques de sa vie , dans les jugements des contemporains.

Au moment même où il semble que le Roi se lève enfin dans Téclat de la puissance et de la gloire, nous allons entendre un grave personnage du temps formuler contre lui un véritable réquisitoire, et mettre en relief certaines « petites chetifvetés» qui, au dire de Georges Chastellain, ne se séparèrent jamais chez lui de « beaucoup de belles vertus *. » Écoutons l'évêque de Beauvais dans un écrit , sons forme de lettre au Roi , composé peu après la Praguerie ' :

« Naguères et Tannée passée, vous aviez ordonné à tenir vos trois états en la ville capitale de votre royaume, pour le fait de la paix ; auquel liexL tous les gens de votre royaume étaient joyeux de venir. Mais tout à coup vous prîtes une autre resolution : il fut décidé qu*on irait à Orléans. Quand vos gens ont été à Orléans, c^est à peine s'ils ont profité de votre présence ; car à l'entrée seulement, pour faire la proposition , et à Tissue pour faire la réponse, à grand peine avez-vous montré votre face. S'ils entraient dans votre chambre pour vous faire aucunes requêtes, vous vous boutiez en un petit retrait, et on fermait la porte afin qu'on ne vous parlât point; et Dieu sait si on le prenait en gré ! En outre vos gens furent h Orléans près d'un mois avant que vous leur fissiez exposer la cause pour laquelle on les avait mandés. Et ne dussiez vous pas avoir été présent à ouir débattre la matière de cette paix, qui si

1. Épitre citée. Ms. fr. 2701, f. 4. — Chasteliain dit aussi (t. I, p. 179) : « Assez patient, mais corrigé, peut estre de la volonté de Dieu, d'aucuns ses délits. »

2. « Avoit beaucoup de belles vertus , et de petites chetifvetés aussy assez dangereuses. » Chastellain , t. II , p. 185.

3. M. Vallet pense que les ÉpUres de U33 et de 1440 ne furent envoyées ni aux . États, ni au Roi. Ce n*était là qu'une forme de rédaction dont se servait Fauteur pour exposer les idées qu'il voulait mettre en circulation et faire arriver à leur adresse. — Voir Tarticle Ursins (Jean n Jouvenel ou Juvénal des) dans la Nouvelle Biographie générale, t. XLV, col. 806. — Nous prévenons le lecteur que nous avons un peu modernisé le texte , afin d'en rendre la lecture plus facile.

1440 LA PRAGUERIE. 137

grandemeot vous touche, et entendre les opinions? Ainsi vous eussiez pu savoir Tétat de votre royaume, pour éveiller votre entendement, qui semble être tout endormi : Quare obdormis Domine* ? ' Le roi Charles, votre aïeul, faisait-il ainsi? Quand il tenait ses trois états, il voulait tout ouir et savoir, et, quelque déplaisance qu'il dût avoir, il se montrait patient ; il s'enquérait des noms de ceux qui étaient venus, (Te la manière de les reconnaître; il se les faisait montrer, les appelait par leur nom comine s'il les eût connus de tout temps, s'informait de leur état, de leur ville et de leur pays, et leur donnait toujours quelque confort effectuel , non point illusoire et dérisoire* Et pareillement le faisait le roi d'Angleterre Henri , dernier mort, votre adversaire ; et le peuple était enclin, en voyant ' tenir de telles manières, à aider de cœur, de corps et de biens. Mais vous faites tout le contraire, qui m'est chose très piteuse à réciter. Car vous voulez être muché et caché en châteaux, méchantes places et manières de petites chambrettes, sans vous montrer et ouir les plaintes de votre peuple. Et quand vous êtes averti, vous donnez confort verbal, sans aucun effet, qui est très grand danger et péril pour le salut de votre âme.

« Moi et les autres de ma condition sommes tenus de vous avertir, en vous dénonçant que, avec la mutation des lieux que vous faites souvent de aller et venir en plusieurs de vos villes, vous veuilliez pareillemenjt muer vos délibérations et pensées. Et vous ne devez pas croire qu'il suffise de lire en votre retrait et de ' faire oraisons, ni que, par votre éloignement des frontières vous vous puissiez fortifier. Mais vous devez pourvoir et secourir aux nécessités de ceux qui souffrent et de votre pauvre peuple, triboulé, affligé en la forme et manière ci-dessus déclarée, en réputant souffrir vous même ce qu'il souffre , car, si vous n'avez cette imagination, en vain et pour néant tiendrez le nom de Roi ^. »

Évidemment, c'est un mécontent qui parle". L'évêque de Beauvais va jusqu'à reprocher au Roi l'appel adressé à ses

1. Toute la seconde partie de celte épitre est le développement du texte Qtiare obdormis et oblivisceris inopk^ nastrœ et tribulationis nostrœ ? I. Il semble que le Roi dort ; II. Le Roi doit s'éveiller ; III. Le peuple n*en peut plus et le royaume est réduit à Textréoiilé.

1 Ms. fr. 5022, f. 5^v».

3. € Et parleray, dit-il, en la tribuJacion de mon csperit et en]l*amantude de mon arme (âme), ainsi que faisoit Job. y> Ms fr. 5022, f. i.

sujets à roccasion de la révolte du Dauphin : « Quel p^-uvre confort a ce été à nous, vos pauvres brebis, qui sommes ici en frontière, d'une lettre qu'il vous a plu envoyer, faisant mention d'une assemblée que on dit avoir été faite de mon très redouté seigneur monseigneur le Dauphin, votre seul et unique fils, et autres vos parents, dont vous avez pris déplaisance*? » Il s'élève contre les princes qui dominent à la Cour, et les flagelle, sous le voile d'une allégorie , comme « mauvais rapporteurs et flatteurs vimeux ^ » Il regrette l'éloignement d'autres princes dont la présence suffirait pour mettre les ennemis en fuite ^ Il reproche au Roi de délaisser Paris*. Dans ses plaintes véhémentes , il n'a garde de s'oublier lui-même : il songe surtout aux frontières et, parmi les frontières, à la sienne, c'est-à-dire à Beauvais. A ceux qui lui reprocheraient la liberté de son langage, il répond :

a Mais on pourrait dire que de dire telles choses , le Roi pourrait être très mal content, courrpucé et déplaisant, et que je ne le dusse point de ceci blâmer; et que c'est mal fait, et qu'il m'en pourrait venir inconvénient. A quoi je puis répondre que je pense dire vérité pour le bien de lui et de sa seigneurie. J'ai été son avocat, je suis son pair'; je lui ai promis de lui révéler 3on dommage et faire son profit. Je crois en lui montrant ce que dit est m'acquitter loyale-

1. Ms. ft*. fr. 5022, f. 9 ¥<>. Plus loin, il dit : « Nous aynlissions mieùli que vous vous esveillissièz par autre manière, car il semble que ce ne soit que par envie que aucuns de voz parens ont de esti*e emprez vous. > — En lisant ces passages où révéque prenait sî vivement la défense des princes révoltés, on ne peut s*empécher de faire la remarque que, plus tard, il devait se faire le défenseur du duc d^Âlençon, accusé d*un cr'uue de haute trahison.

2. Ms. fr. 5022 , f. i . L^évéque voit le remède dans le renvoi de tous les princes du sang, ic car -entre eulx a très grans envies, dont viennent plusieurs inconveniens , et quant vous les aurès mis hors, tout cessera; » il rappelle que Charles V ne gardait nui de ses frères près de lui : « Et quant ils le venoient veoir, il leur donnoit quelque mil escus pour eulx en retourner. »

3. c Quelz seigneurs avez, vous de vostre sang et lignage, comme messeigneurs de Bonrgongne, de Bourbon, de Bretaigne, de la. Marche, d*Armenach,. de Foue;! H n*y a cellui qui ne soit puissant de confondre voz ennemis. Mettez les sus , et voz ennemis ne leur sera que ung desjeuner. » Ms. fr. 5022, f. 18.

4. c Hélas! Sire, poun]uoy avertissez du milieu de vostre sang vostre main dextre, c'est assavoir de vostre ville de Paris, qui est le chicf de vostre royaume? Quant vous y venez, il semble que en vouidriez estre hors. » Ms. fr. 5022, f. 14.

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