‹ Histoire de Charles VIIChapitre 90 sur 340 · Ms fr. 5022, f. 13 vo-U · texte numérisé non relu

Ms fr. 5022, f. 13 vo-U

Nous avoos cité loûguement Tévéque de Beauvais, parce qu'il nous laisse entrevoir la vérité jusque dans l'exagération de la plainte ou du blâme. Mais il ne faut pas prendre à la lettre toutes les assertions du fougueux prélat, qui se posa toute sa vie en redresseur d'abus : les faits et les témoignages contemporains lui donnent, sur plus d'un point, un démenti. A l'entendre, Charles VU jouerait encore le rôle effacé et dérisoire qu'il avait au temps de La Trémoille. Nous savons qu'il n'en est rien. Georges Chastellain , qui était en France à cette époque et fréquentait la Cour *, fait bien ressortir le changement survenu dans l'attitude du Roi. « Par avant la pacification , dit ce chroniqueur, il n'estoit vertu en luy qui le pust essourdre ; mais, depuis icelle trouvée, n'en avoit nulle si petite aussi qui ne luy rendist fruit. » Et il ajoute que, parmi les qualités qu'on voyait briller chez le Roi, les principales étaient « diligence et propre sollicitude de ses affaires, là ou il mettoit cœur et entendement et y appliquoit toutes ses vertus *. »

A ces États généraux d'Orléans, où, selon Jouvenel des Ursins , la personnalité royale n'aurait point apparu , elle s'accusa au contraire — nous Pavons montré plus haut ' — d'une façon remarquable. 11 en fut de même aux États de Montpellier en mars 1437, et aux États du Puy en avril 1439 *.

Il serait souverainement injuste de rendre Charles VII responsable de l'insubordination des gens de guerre. Assurément il avait fait tout ce qui était humainement possible pour combattre un fléau qu'on ne pouvait détruire du premier coup; ce n'était pas d'ailleurs à un ami des princes révoltés qu'il appartenait de se plaindre d'un état de choses que la Praguerie avait puissamment contribué à aggraver ou tout au moins à prolonger. C'est ce que le Roi rappelait plus tard , avec une sobriété pleine de vigueur, en répondant à de semblables accusations formulées par les princes réunis à Nevers : « Lesdites pilleries ont toujours déplu au Roi et déplaisent de tout

i. Voir Cbastellain, t. I, p. xiv-xv; t. Il, p. 53.

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