XVIII VALEUR DU TEMOIGNAGE
coup d'autres, si bien que les chapitres sur l'occupation anglaise en Normandie et sur la vie du menu peuple à cette époque sont parmi les plus vivants et les plus dignes de foi.
Cependant, il s'en faut que tous les chapitres de l'Histoire de Charles VII soient marqués au coin de l'information personnelle. Sans doute, l'auteur n'a fait aucun emprunt textuel aux chroniques contemporaines, mais il a certainement rafraîchi ses souvenirs à des sources écrites, qu'il résume d'ailleurs fortement et sans se soucier beaucoup ni de l'ordre chronologique ni de l'enchaînement des faits. Quicherat a pu signaler, dans la première partie de l'Histoire, quelques passages où l'on croit reconnaître, sous une forme assez peu différente, des récits de Jean Jouvenel des Ursins (s'inspirant lui-même du Religieux de Saint-Denis) ou d'Enguerrand de Monstrelet. Mais la banalité même de ces exposés hâtifs et incomplets n'est pas faite pour faciliter la recherche des sources de caractère historiographique.
JJ Histoire de Charles VII est donc un mélange assez décevant de souvenirs personnels, de renseignements de première main, d'utilisation plus ou moins libre de chroniques et de documents d'archives, de relations écrites qui circulaient en France et hors de France, et qui étaient comme les journaux de l'époque, et enfin de correspondances personnelles. C'était là une documentation de qualité assez inégale. D'autre part, écrivant loin de France, Basin était mal placé pour la contrôler -et la compléter. De là sans doute les lacunes ^, les erreurs de fait et les anachronismes qui, de loin en loin, font tache dans son œuvre ^.
"L' Histoire de Charles VII est-elle du moins impartiale? Oui, dans une certaine mesure. Si Basin condamne avec sévé-
1. Par exemple, le nom de La Trémoïlle n'est pas prononcé et Basin ne dit rien des négociations avec l'Empire, la Castille, etc.