JEAN, COMTE DE DUNOIS IO
digne d'être fils non seulement de duc, mais de roi, que dis-je, d'être roi lui-même et chef de ce grand royaume^.
Il fut, en effet, très avisé et très pondéré dans son jugement et dans ses conseils, autant dans les choses de la guerre que dans celles de la paix ; très prudent aussi et très agissant dans l'exécution de ce qui avait été une fois décidé, comme il apparut clairement à tous par ce qu'il accomplit vaillamment et courageusement à maintes reprises et pendant une longue période dans des cas et dans des affaires ardus et épineux, ainsi que nous le montrerons aux chapitres suivants, quand l'occasion s'en présentera. Quel soldat il devait être, on put le deviner dès que la défaite subie par les Français à Verneuil fut venue à sa connaissance.
Le roi, en effet, qui était encore jeune et qui, comme il est habituel à cet âge, se laissait entraîner de nuit, aussi bien que de jour, et plus qu'il n'était utile, aux festins, aux danses et aux plaisirs, — le roi, dis-je, qui l'aimait beaucoup, parce qu'ils avaient été nourris et élevés ensemble, voulait le garder avec lui à jouir de la vie, pour le détourner et l'empêcher de voler prendre les armes. Mais il ne put y parvenir. Au contraire, le jeune homme accourant, alors que tout était presque perdu, rassembla les troupes éparses, qui erraient à l'aventure après la bataille, et, les encourageant, les ralliant en bon ordre, les posta, comme il lui parut le plus opportun, dans les lieux où le danger était le plus immédiat, pour que, l'ennemi prenant du large après un si grand malheur, d'autres villes et places effrayées ne se livrassent pas à lui et que l'incendie ne gagnât pas de proche en proche. Ainsi les principales localités à proximité de la frontière anglaise et les plus exposées au danger furent mises en état de défense,
armes, et il cite plusieurs titres prouvant que dès 141 8 il avait les armes à la main (cf. Lecestre, loc. cit., p. 30). Nous croyons que le texte ne doit pas être interprété avec cette rigueur et que l'auteur prend les choses d'assez loin.
I. Ce bel éloge de Dunois s'ajoute à tous ceux dont ce grand capitaine a été l'objet.