LES « BRIGANDS » EN NORMANDIE III
mandie ^. Comme ils se plaignaient entre eux de ces Brigands et que, tout en causant, ils demandaient à chacun des convives de faire connaître par quel moyen ou par quelle ruse on pourrait débarrasser le pays de ces malfaiteurs, après que les Anglais eurent donné chacun son avis, le tour vint enfin de ce bon prêtre. On lui demanda de dire aussi ce qu'il en pensait. Il allégua d'abord plusieurs excuses, priant qu'on l'épargnât, ignorant qu'il était, assurait-il, et inexpérimenté de telles choses et protestant que son état sacerdotal ne s'accommodait pas de disputer sur les peines à infliger à de tels criminels. Néanmoins on insista de façon pressante pour qu'il donnât son avis. Alors, après avoir demandé et prié qu'on pardonnât à son ignorance s'il disait une balourdise, ce qui lui fut accordé par tous les assistants, il opina qu'à ce qu'il lui semblait il ne restait à appliquer qu'un seul remède, à savoir que tous les Anglais quittassent la France et retournassent en Angleterre, leur pays natal ; car, sans nul doute, eux partant, les Brigands cesseraient pareillement d'habiter le pays. Rien n'était plus vrai, ainsi qu'on l'a reconnu plus tard. Car aussitôt que les Anglais, chassés de Normandie, furent contraints de rentrer chez eux, le pays fut délivré de cette peste ^. Ceux qui restaient de ces spécialistes du pillage (et ils étaient nombreux) furent accueillis comme soldats réguliers et touchèrent une solde ; ou bien, retournant chez eux, ils se mirent à cultiver la terre, ou bien, s'ils avaient appris un métier, ils s'employèrent à procurer le nécessaire à eux-mêmes, à leurs femmes et à leurs enfants.
1. Serait-ce Thomas Basin lui-même? En tout cas, l'anecdote a frappé l'auteur des Annales Flandriae, qui l'a insérée mot pour mot dans son livre XVI.
2. Il y a dans ce paragraphe et dans les suivants un témoignage de haute valeur sur la vie normande pendant cette période particulièrement troublée de la domination anglaise. Basin ne se contente pas de citer des faits, comme les autres chroniqueurs. Il essaie de nous faire comprendre la psychologie des habitants et marque de traits que l'on sent justes le caractère de leurs rapports avec les troupes d'occupation.
112 QUOMODO ADVERSUS « BRIGANDOS » CERTATUM FUERIT
Quamdiu vero Anglici terram tenuenint, ut diximus, continuo patriam pêne ubique infestantes et luporum more^ ex latibulis atque antris silvarum exsilientes, quos poterant vicinos, maxime ac sibi familiarius notos, captivabant, spoliabant, interdum eciam aliquos presertim Anglicos enecabant. Quibus eciam tam efferata rabies incesserat, ut nec sacerdotibus Dei pro reverencia dignitatis ordinisque sacerdotalis ab eis parceretur, nec eos Apolinis infula* texerit^, quominus si possent, ut ceteri captivarentur vel spoliarentur ab ipsis.
Et licet, ut jam diximus, Anglici, quorum potissime vite tendebant insidias, eos, cum potuissent, sine ulla miseracione trucidantes, frequentissime perquirerent, perlustrantes silvas^, et cum armât orum cohortibus et canibus eas cingentes et pervagantes plurimosque comprehensos vel statim périmèrent^ vel vivos ad judices regios supplicio afficiendos contraderent (erat enim publico edicto occidentibus sive ad justiciam deducentibus ^ Brigandos certum salarium de fisco regio propositum et constitutum, quo procliviores milites Anglorum ad extinguendum illud pestiferum latronum genus redderentur) , tamen-^, more ydre, de quo poète velut serpente quodam locuti sunt, uno succiso capite, tria semper renasci videbantur.
Feruntur aliquando in anno uno in Normannia variis in locis ac judicum tribunalibus, tam de ipsis quam eorumdem receptatoribus, quibus non dissimile judicium reddebatur, publico judicio vel capite plexi vel patibulis affixi ultra decem millia. Sciri enim hoc facile poterat ex publicis raciociniis ^, cum, ut premisimus, pro capite
a. Ce mot dans l'interligne, de la main de l'auteur, en G. — b. insula P. — c. silvis P. — d. perimerunt P. — e. sive adducentibus P. — /. Mangue en P.