LUTTE CONTRE LES « BRIGANDS » II
Tant que les Anglais occupèrent le pays, comme nou l'avons déjà dit, répandus continuellement à peu près partout et sortant à la façon des loups de leurs cachettes et de leurs tanières, ils s'emparaient de leurs voisins quand ils le pouvaient, surtout de ceux qu'ils connaissaient plus intimement et les dépouillaient ; et même parfois ils en tuaient quelques-uns, des Anglais principalement. Ils étaient animés d'une rage si farouche que les prêtres de Dieu, malgré le respect dû à la dignité et au caractère sacerdotaux, ne trouvaient pas grâce devant eux ; même revêtus des ornements sacrés^, les Brigands s'emparaient de leurs personnes et les dépouillaient s'ils le pouvaient, tout comme les autres.
Ainsi que nous l'avons dit, ils s'attaquaient surtout à la vie des Anglais, les massacrant, lorsque l'occasion s'en présentait, sans aucune pitié. Ceux-ci les recherchaient constamment, fouillant les bois, qu'ils entouraient et parcouraient en tout sens avec des troupes d'hommes armés et des chiens, car il était alloué par édit public une prime sur le trésor royal à ceux qui tuaient des Brigands ou qui les livraient à la justice, ce qui rendait les soldats anglais plus enclins à anéantir cette dangereuse engeance. Cependant, comme chez l'hydre, cette espèce de serpent dont parlent les poètes, à la place d'une tête coupée trois autres repoussaient sans cesse.
En une seule année, dit-on, en Normandie, en divers lieux et tribunaux, tant de ces Brigands que de ceux qui leur donnaient asile (les seconds étant du reste traités comme les premiers), on en condamna à mort en jugement public et on en pendit plus de 10,000 : chose facile à déduire de l'examen des comptes publics 2, puisque, ainsi que nous l'avons dit, une
1. Quicherat n'a pas manqué de noter l'expression recherchée dont l'auteur, faisant étalage d'érudition antique, se sert pour désigner les ornements sacrés du prêtre. Quicherat croit devoir l'interpréter ici dans le sens d'étole, bien qu'au livre II, ch. xxv^ de l'Histoire de Louis XI, où Basin l'emploie une autre fois, elle semble indiquer les fanons de la mitre.
2. Y a-t-il là un indice que l'auteur avait eu l'occasion de consulter ces comptes et y avait puisé ses renseignements? Malgré ce
Thomas Basin, I. II
114 DE MULTORUM OPPIDORUM EXITIO
cujuslibet ad judicem adducti vel eciam in prosecucione perempti premium propositum exsolveretur. Et tamen nec tali diligencia atque cura reddi potuit ab illa peste patria libéra et immunis donec, dicione ac potestate Anglorum exuta, sub Francorum naturale terre imperium restituta fuit^.
Talibus igitur malis, dum utriusque parcium capitanei et armati vel astu vel dolo seu per insidias aut tradimenta et prodiciones diverse partis civitates, opida et municiones, pocius quam armis et bellica fortitudine, quociens'' possent, studerent acquirere sibi, agros populare, colonos abducere, cruciatibus vel necare vel affligere ; dum eciam qui Brigandi appellabantur nulli agrorum cultori aut^ alteri quietem uUam permitterent, effectum est longo temporis intervallo ut vastitas illa et desercio horrenda tantarum regionum, sicut jam prediximus, sequeretur. Quid cladem referam Camuti^, quid Cenomannensem, quid Pontisare, insignissimi quondam atque florentissimi opidi, quid Senonensis, quid Ebroicis civitatum, et aliorum quamplurimorum^ locorum^, que per insidias aut prodiciones et tradimenta, nonnulle eciam non semel tantum capte, sed sepius hostium ac predonum direpcioni atque ludibrio patuerunt? Quibus similem fere-^ exitum fecerunt innumera pêne per omnem Gailiam loca, quorum si singula infortunia et exiciabiles casus referre vellemus, milita nobis librorum volumina implenda essent.
Sed ad aliqua memoratu digniora veniendum est, ne legentibus onerosi fastidiosique inveniamur.
a. fuerit P. — b. quoties P. — c. Manque en P. — d. Carnot P. — e. quamplurium P. — /. Ce mot dans la marge, de la main de l'auteur, en G.
renvoi aux sources, Ch, de Beaurepaire, qui rapporte ce passage