RUINE DE NOMBREUSES VILLES II
prime était payée par tête de Brigand livré à la justice ou tué au cours d'une battue. Malgré tant de soins, le pays ne put être délivré et nettoyé de cette peste jusqu'à ce que, la domination anglaise ayant disparu, il eût été rendu aux Français, ses maîtres naturels.
D'une part, donc, capitaines et soldats des deux partis, cherchant aussi souvent qu'ils le pouvaient, soit par fourberies, ruses, pièges et trahisons, plutôt que par les armes et force de guerre, à gagner les villes, les places et les forteresses de l'adversaire, à ravager les campagnes, à emmener les paysans prisonniers, à leur infliger les vexations les plus cruelles ou à les faire mourir ; de l'autre, les Brigands, comme on les appelait, ne laissant aucune tranquillité aux paysans ni à personne : voilà les maux qui causèrent si longtemps cette horrible dévastation de régions si étendues ! Raconterai-je la ruine de Chartres, celle du Mans, celle de Pontoise, place autrefois très insigne et très florissante, celle de Sens, d'Évreux et de tant d'autres localités^ qui, prises par ruse, perfidie et traîtrise, quelques-unes même non pas une fois, mais plusieurs, furent livrées toutes grandes au pillage et au bon plaisir des ennemis ou des Brigands? Le nombre est presque incalculable des localités qui, en France, subirent le même sort, et, si nous voulions rapporter un à un leurs malheurs et leurs cas lamentables, il nous faudrait remplir des volumes entiers.
Mais il faut en venir à quelques événements plus dignes de mémoire, pour que les lecteurs ne nous trouvent pas pesant et ennuyeux.
dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XXVII (1909), p. 123, considère le chiffre donné par Basin comme « à peine croyable ».
I. Basin parle ici pêle-mêle d'événements qui se placent en réalité à des dates assez différentes. La prise du Mans par les Armagnacs est du 25 mai 1428.
CAPITULUM VII