DEROUTE DES ANGLAIS
Dès qu'eurent été prises deux ou trois de ces bastilles et que leurs occupants eurent été battus et dispersés, ceux qui restaient dans les autres les abandonnèrent et cherchèrent leur salut dans la fuite ^.
Le camp des Anglais une fois pillé, les redoutes ou bastilles qui avaient été construites par eux, en bois et en pierre, en manière de camp, comme des places fortes ou châtelets, furent toutes livrées aux flammes, et ainsi la ville, épuisée et accablée par une longue disette, fut délivrée de ses dangers et de ses soucis par la permission et la miséricorde de Dieu, sous le commandement de la susdite Jeanne^.
Quant au reste des Anglais, ils se dispersèrent dans diverses places et localités. Le nom et la renommée de la Pucelle, qui volaient alors de bouche en bouche par toute la France, les plongeaient dans une telle terreur qu'ils ne conservaient à peu près aucun espoir dans la défense et ne voyaient de secours que dans .a fuite.
Dès lors la pointe de fer de la flèche anglaise fut émoussée et ne pénétra plus comme auparavant ; dès lors le cours de la Fortune fut changé ; dès lors les affaires des Français, abaissées et ruinées, commencèrent à se relever et se redresser vers une meilleure espérance ; celles des Anglais, au contraire, très prospères jusque-là, commencèrent à reculer et prendre mauvaise tournure.
Telle était, en effet, la peur que leur inspirait le seul nom de la Pucelle que la plupart juraient leurs grands dieux qu'à l'entendre seulement prononcer ou à voir ses enseignes, ils perdaient du coup le moyen de rassembler leurs forces et leurs esprits, de bander leurs arcs, de lancer des traits aux ennemis ou de les frapper, comme ils le faisaient auparavant.
1. Quicherat n'a pas manqué de relever tout ce que ce récit de l'attaque et de la prise des bastilles de l'autre côté de la Loire a d'approximatif et même d'erroné. La ville fut délivrée dès que les positions de la rive gauche eurent été forcées.