CHAPITRE XII
Comment les Français, sous le commandement de la pucelle, rejetèrent les anglais des places voi- SINES d'Orléans et les battirent dans les plaines
DE LA BeAUCE ^.
Et parce que la plupart du temps la victoire, comme dit le poète, double les forces ^ et que le succès donne du cœur, ragaillardis par cette prouesse, les Français, sous la conduite de Jeanne et de l'illustre comte de Dmiois, qui, de toute l'armée française, passait pour le meilleur, tant dans le rôle de chef que dans celui de soldat, s'employèrent à recouvrer les places voisines et les châteaux sis le long de la Loire. Celui de Jargeau, dans lequel s'étaient amassés plus de huit cents Anglais, fut enlevé d'assaut et ceux qui s'y trouvaient furent tués ou faits prisonniers. Là fut pris le comte de Suffolk et son frère, le sire de la Poule, tué^. Ayant subi cette défaite, après la première, celle d'Orléans, les Anglais, doutant de pouvoir garder les autres places, Meung et Beaugency, par exemple, les abandonnèrent aux Français, qui s'en emparèrent*. Quant à ceux qui restaient, s'étant du mieux qu'ils purent réunis en un seul corps, ils commencèrent à se hâter, par la Beauce, vers Chartres et la Normandie, persuadés qu'après leurs graves déboires les rives de la Loire ne leur fourniraient plus un asile sûr.
Les Français n'ignoraient pas cette situation ; chaque jour, la Fortune leur souriant, leur audace et leur puissance allaient croissant. Leur bonheur présent les induisant en meilleur espoir, la susdite Jeanne et le comte de Dunois, leurs principaux chefs, et aussi beaucoup d'autres capitaines
1. Pour tous détails complémentaires sur ces événements dont Basin ne donne qu'un bref aperçu, voir A. de Villaret, Campagnes des Anglais dans l'Orléanais, 1421-1 42g (Orléans, 1893, in-8o).