ENTENTE DIFFICILE ENTRE FRANCE ET BOURGOGNE I
comme ils le firent par la suite, au bout de huit ou neuf ans écoulés. Mais à la vérité l'armée française n'observait aucun ordre, aucune hiérarchie, aucune discipline conformes aux règles et aux principes de l'art militaire ; elle ne comptait point d'effectifs réguliers et ne touchait pas de solde régulière. Des groupes, sous la conduite de chefs qu'ils désignaient euxmêmes, parcouraient presque toutes les régions et provinces françaises, faisant main basse sur tout ce qui leur plaisait, pillant et mettant à sac les villages et les places fortes qui ne pouvaient se garantir de leur choc, et ne s'abstenaient d'aucune sorte de violences. Il s'ensuivit que le royaume fut grandement dévasté et désolé en beaucoup de ses parties.
La principale préoccupation de ces bandes était de ravager les terres qui se trouvaient au pouvoir des Anglais, et c'était chez elles une façon de parler rebattue et comme passée en proverbe que « mieux vaut terre gâtée que terre perdue^ », qualifiant de perdue celle que les ennemis occupaient, aussi longtemps qu'ils la tiendraient en leur puissance. Mais comme, de leur côté, les Anglais, surtout après la mort du duc de Bedford^, n'agissaient pas autrement dans les terres qui leur obéissaient pour ce qui est des pillages, rapines et massacres, opprimant terriblement les habitants des campagnes, ils se firent merveilleusement haïr des gens du pays.