SIÈGE DE CALAIS
A l'intérieur de cet ouvrage, que les Français appellent boulevard ou bastille^, lesdits Gantois restèrent près de quinze jours et criblèrent les assiégés de coups de bombardes et autres machines de guerre. Mais ceux-ci, de leur côté, résolurent d'en chasser, s'ils le pouvaient, les Flamands, car ils espéraient un peu l'arrivée prochaine de la flotte et de l'armée qui, sur la côte anglaise, s'apprêtaient à venir à leur secours. Un jour donc, après avoir étudié comment les Gantois se gardaient et faisaient le guet dans ledit ouvrage, les assiégés se lancèrent à l'attaque. Ils s'approchèrent de la bastille, appliquèrent des échelles pour la prendre et y pénétrèrent sans rencontrer de résistance. Ils trouvèrent les Flamands, trop confiants dans leur sécurité, les uns se livrant au sommeil, les autres mangeant et buvant ou jouant aux cartes et aux boules ; ils les surprirent, tout interdits, les désarmèrent et les massacrèrent comme bétail.
La nouvelle de ce malheur se répandit aussitôt dans le camp des Flamands, et comme en même temps certains Anglais, les insultant grossièrement, s'écriaient qu'ils étaient marchandise vendue et bonne à livrer sans retard, une grande crainte et tristesse s'empara de leurs esprits ^.