LES FLAMANDS LÈVENT LE SIÈGE
prix de la trahison, devait être prochainement apporté d'Angleterre. Aussitôt, à l'insu de leur seigneur, qui, avec un petit nombre de Picards, avait établi son camp d'un autre côté, ils s'enfuirent, en proie à la terreur, abandonnant dans le camp la plus grande partie des approvisionnements en beurre, cervoise et autres choses nécessaires soit à la nourriture de l'armée, soit à la conduite de la guerre, que les Flamands y avaient transportés ^. Le siège étant ainsi levé, ils s'enfuirent en grande hâte chez eux, sans gloire et déshonorés, ayant subi de grandes pertes et abandonnant, par peur de l'ennemi, presque tous leurs bagages, qu'ils ne surent pas remporter. Se figurant, en effet, que l'ennemi était sur leurs talons et qu'ils pourraient lui échapper d'autant plus facilement qu'ils seraient plus dégagés pour fuir, beaucoup d'entre eux jetaient honteusement leurs cuirasses, leurs corselets et toutes les pièces de l'équipement dont ils étaient chargés. « La peur », comme dit le poète, « leur donnait des ailes » 2. Vous auriez vu les champs et les fossés, partout où ils couraient, couverts et remplis d'armes : témoignage frappant et irréfutable de la sottise et de la lâcheté de ceux qui s'en débarrassaient, alors qu'aucun ennemi ne paraissait à l'horizon.
En rapportant ces faits, nous n'entendons certes pas couvrir d'opprobre ou accabler d'outrages le pays et les gens de Flandre 3. C'est, en effet, une nation très industrieuse, très cultivée et très policée, comme le prouvent surabondamment les villes et les monuments dont ce pays est couvert. Mais ils passent leur vie dans des habitations superbes, au sein des délices de l'oisiveté ; ils n'ont pas été accoutumés et endurcis au préalable, par des exercices suf&sants, aux fatigues et aux rigueurs de la vie guerrière, de sorte qu'ils y sont moins
écrit Monstrelet, « crians tous a une voix en très grant multitude : gawe, gawe ! nous sommes tous trays, qui vault autant dire : alons, alons en nos pays » (éd. Douët d'Arcq, t. V, 1861, p. 256). Ceci se passait à la fin de juillet 1437.