SUCCÈS FRANÇAIS EN NORMANDIE
extrême pénurie de vivres. Comme, de plus, les habitants de Montivilliers, place voisine, sise à moins d'un mille, s'étaient vus, par les privations et la famine, réduits à se rendre ^, ils signèrent une convention avec les capitaines des Anglais et rentrèrent précipitamment, poussés par la faim, dans leurs places. Ils pensaient aussi pouvoir secourir Harfleur par un autre moyen : il fut inefficace ; mais en l'employant ils jetèrent une base importante et il leur fut, à l'usage, d'une grande utilité pour le recouvrement de toute la Normandie, comme nous le relaterons plus tard en son lieu.
Les Français rassemblèrent donc, dans plusieurs provinces du royaume, surtout en Gascogne et du côté de la Guyenne, une troupe assez nombreuse et ils se proposèrent de rétablir et de fortifier de leur mieux la citadelle de Louviers qui avait été démolie et détruite par les Anglais, comme il a été dit plus haut 2. Ils pensaient que ceux-ci, quand ils verraient les Français occupés à ce travail, qui, une fois mené à bonne fin, pouvait menacer gravement et mettre en péril la ville de Rouen, seraient incités à lever le siège d'Harfleur. Sur ce point leur espoir fut déçu, comme nous l'avons dit.
Mais si cette armée française, laissant de côté pour le moment la remise en état de Louviers, s'était avancée jusqu'à Pont-Audemer et avait établi son camp devant Honfleur, d'où les vivres destinés à l'armée anglaise devaient venir nécessairement, il n'est pas douteux qu'au bout de peu de temps ils auraient obligé les Anglais à lever le siège d'Harfleur. Ils ne l'entreprirent pas, mais songèrent plutôt à remettre en état de défense le lieu que nous avons dit, à savoir Louviers, où nombreuses étaient les maisons abandonnées ; et, par la
e. ad hoc ut P. — /. Hareflutum P. — g. posuisset P. — h, acceperant P. — i. postmodum.
1. La reddition de Montivilliers aux Anglais est antérieure au 15 novembre 1440. Voir E. Dumont et A. Martin, Histoire de la ville de Montivilliers, t. I (1886), p. 171.