‹ Histoire de Charles VIIChapitre 26 sur 307 · VI. — La découverte progressive de l'œuvre · texte numérisé non relu

VI. — La découverte progressive de l'œuvre

ET DE l'auteur. L'ÉDITION DE QuiCHERAT.

Thomas Basin ne paraît pas avoir songé à faire imprimer son Histoire, dont la diffusion ne dépassa sans doute pas tout d'abord un cercle assez étroit. On ne la voit citée nulle part dans les dernières années du xv^ siècle et dans le premier quart du xvi®. Vers le milieu du xvi® siècle seulement, l'œuvre commence à sortir de l'ombre et deux courants d'opinion se forment à son sujet, l'un en Flandre et dans les Pays-Bas, l'autre en France. Chose curieuse, ces deux courants s'ignorent. En Flandre et dans les Pays-Bas, on sait que l'auteur de l'Histoire est Thomas Basin, évêque de Lisieux ; en France, ou bien le nom de l'auteur reste inconnu, ou bien on invente et l'on propage celui d'un auteur supposé, Amelgard, prêtre de Liège ^.

I. L'attribution de l'ouvrage à Amelgard est ancienne. Peutêtre même est-elle due à Basin lui-même, désireux de détourner l'attention. En effet, au fol. 230 v» du manuscrit de Gottingen (dernière page laissée en blanc du seizième cahier de l'Histoire de Louis XI), on lit ces mots, d'une écriture qui peut être aussi bien de la fin du xv<? que du commencement du xvi^ siècle : Gesta

XXXII DÉCOUVERTE DE l'œUVRE ET DE l'AUTEUR

C'est vers 1540 qu'un manuscrit de l'Histoire vient aux mains de Jacques Meyer, l'auteur des Commentarii sive Annales rerum fiandricarum. Il en reconnaît l'intérêt pour ses études et en insère d'assez copieux extraits dans son ouvrage, aux livres qui, du reste, n'ont paru qu'après sa mort, en 1561, par les soins de son fils. Naturellement, la personnalité de l'auteur de l'Histoire avait intrigué Jacques Meyer. Il n'avait su tout d'abord à qui attribuer l'ouvrage, mais peu à peu, en observant plus attentivement certains passages, en se renseignant peut-être aussi auprès de gens mieux informés que lui, il en était venu à désigner Thomas Basin comme le véritable auteur.

A Utrecht, où Basin avait vécu et où il était mort, peu de gens, semble-t-il, savaient à quoi s'en tenir. W. Heda, auteur d'une Histoire des évêques d'Utrechf^, parue en 1612, parle de Thomas Basin, mais sans souffler mot de son œuvre historique. Vers la même époque, cependant, un érudit d'Utrecht, Gisbert Lapp van Waveren, se montra mieux informé en copiant la partie de l'Histoire qui concernait sa ville natale ^. A Leyde, vers le même moment, la tradition était également

L[udovici] scripta per Amelgardum /?[resbyterum?]. W. Meyer pense que cette mention peut être de Basin lui-même. L. Delisle s'abstient de donner son opinion. En tout cas, oi? ne peut pas dire comme A. Molinier {Sources de l'Histoire de France, t. IV, 1904, p. 246) qu'il s'agit, d'une « note relativement moderne ». Pourquoi ce nom d'Amelgardus, anachronique, semble-t-il, au xv^ siècle, puisqu'il n'est guère connu dans l'histoire littéraire que par Amalgar ou Amalger, moine de Saint-Gall au ix^ siècle? S'agit-il d'un rappel des Gesta Caroli (Histoire anecdotique de Charlemagne) , dont l'auteur était un moine de Saint-Gall, que Basin ou l'un de ses contemporains a pu identifier avec Amalgar, cité plus haut? Le qualificatif « prêtre liégeois », que l'on trouve dès le xvi*^ siècle dans le manuscrit 5962, n'est pas plus facile à expliquer. André Du Chesne hésitait entre Liège et Utrecht : « Histoire de Charles VII, par Amelgard, prêtre de Liège ou d'Utrecht. »

1. Historia veterum episcoporum Ulirajectinae sedis, p. 407-408.

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