CHAPITRE XVII
Grande expédition du premier duc de Somerset
EN France
Presque à la même époque, un prince anglais, le duc de Somerset ^ qui appartenait à la plus haute noblesse du royaume, homme plein d'orgueil et de suffisance, mais en réalité vain et incapable, conduisit en Normandie une grande et puissante armée par ordre des principaux dudit royaume d'Angleterre. Il leur avait promis de faire en France de grandes et merveilleuses choses si le commandement de l'armée anglaise lui était remis et confié ; et, les Anglais ajoutant foi à ses promesses, il obtint d'être nommé chef de toute l'armée. Ayant donc préparé dans les eaux anglaises une flotte de plus de trois cents navires et muni ses troupes d'armes, de chevaux et de tout l'appareil guerrier, il passa la mer avec sa flotte et aborda à l'extrémité de la Normandie, près de la place forte qui a nom Cherbourg ^. Il y débarqua toute son armée, forte d'au moins dix mille cavaliers, puis, ne tenant aucun compte des autres seigneurs et capitaines anglais qui se trouvaient à Rouen et qui commandaient à toute la province, il se mit en devoir de réaliser les desseins secrets qu'il était seul à connaître et qu'il ne voulait révéler ni communiquer à qui que ce fût avant de les avoir menés à bonne fin. Les capitaines et gens d'armes, à qui il avait été donné pour chef, l'interrogeaient souvent sur ses intentions, mais lui, fronçant le sourcil avec colère, leur répondait seule-
1. John Beaufort, premier duc de Somerset. Basin le désigne ainsi pour le distinguer de son frère qui fut duc de Somerset après lui.
2. En août 1443. Sur l'expédition manquée de Somerset, voir G. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. III (1885), p. 28-30. Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. VI (1862), p. 66-67, est très sobre à cet égard, de même que le héraut Berry, dans Godefroy, Histoire de Charles VII (1661), p. 424.
282 DE SUMERSETI DUCE IN FRANCIAM MISSO
nisi quod, si sciret lineam camisiam, quam ad camem vestiebat, sue intencionis et propositi fore consciam, eam protinus combustioni contraderet : tam celatum" atque secretum esse cupiebat arduum illud et eximium opus quod se adimpleturum sibi ipse promiserat. Quod ejus utique propositum de occultando que agere animo gestiret ipsum non prorsus nec omnimodo^^ fefellerit. iVdeo enim secretum permansit ut nedum quid exequi gestiret nec a se nec ab alio satis ad liquidum comperiri potuerit : tam parvi momenti et nullius efficacie fuerunt illa que gerere est'" aggressus.
Spretis igitur omnium mortalium consiliis, solius sui fidens et sue innixus prudencie, associatis sibi multis ex veteranis ducibus et militibus Anglorum qui diu in Francia militarant, ad fines Britannie Armorice exercitum admovit, ubi, quodam Castro nullius pêne momenti vulgo appellato Laguierse^ recepto, ad aliud non procul dictum Poensé^ obsidionem et castra locavit. Adduxerat ex Anglia in sua classe portatiles pontes ex lignis, restibus et animalium tergoribus per partes constructos, cum aliis ad expugnandas urbes atque arces plurimis petrariis et variis bellorum instrumentis, cum quibus et latissimos transire fluvios et firmissimas quascumque urbes vel arces expugnare absque magno negocio putari'^ potuisset ; sed tam in irritum atque ludibrium omnes ejus conatus processerunt, licet tum in terris in quibus agebat parva esset et satis tenuis Francorum milicia (eo quod, ut paulo ante di^icimus, Francorum rex tocius pêne regni copias secum in Aquitaniam^ traxerat), quod illud castrum Poensé, non multum insigne sed parvi satis momenti, quod ipse diu obsederat, nec expugnare nec ad dedicio-
a. elatum P. — b. omnino P. — c. Ce mot dans l'interligne, de la main de l'auteur, en G. — d. Manque en P. — e. in Aquitaniam secum P.