XXXVI L EDITION DE QUICHERAT
peu une idée plus juste de la question Amelgard-Basin. Il suf&sait pour cela d'ouvrir les historiens des Flandres et des Pays-Bas, Jacques Meyer, Buchelius et Matthaeus, par exemple. Dans son Histoire des ducs de Bourgogne, M. de Barante cite à tout instant l'Histoire de Charles VII et l'Histoire de Louis XI et, sans avoir étudié spécialement la question de l'auteur, il n'est pas sans entrevoir la véritable solution du problème. Il fallut, cependant, que Quicherat s'attaquât à son tour à la question et l'éclairât de toutes parts pour faire rentrer définitivement dans le néant le pseudo- Amelgard et mettre en pleine lumière la figure de Thomas Basin, évêque, polémiste et historien. Dès 1841, il lui consacrait dans la Bibliothèque de l'École des chartes une notice importante. De 1855 à 1857, il publiait, pour la Société de l'Histoire de France, en trois volumes in-80 et sous le nom de Thomas Basin ^, le texte latin de l'Histoire de Charles VII et de l'Histoire de Louis XI, précédé d'une introduction copieuse et accompagné de sommaires en français résumant chaque chapitre et d'un commentaire sobre, mais excellent. Lorsqu'il prit à charge l'édition de Thomas Basin, Quicherat y était admirablement préparé par ses précédents travaux sur l'histoire du xv^ siècle. Sa publication sur la guerre du Bien public, au tome II des Documents historiques inédits de Champollion-Figeac, datait déjà de 1843 ; depuis quelques années, il avait achevé sa fameuse édition des Procès de Jeanne d'Arc pour la Société de l'Histoire de France (1841- 1850). La seule faiblesse sérieuse de l'édition de Thomas Basin par Quicherat, c'est qu'elle est fondée sur une copie
I. Urbain Legeay, dans son Histoire de Louis XI, parue en 1874, est, à notre connaissance, le dernier auteur qui ait parlé d'Amelgard comme d'un historien du xv^ siècle : « Amelgard, chanoine de Liège, écho des colères flamandes » (t. II, p. 533-534). Mais l'ouvrage de Legeay est sans valeur.
l'édition de quicherat
postérieure de près d'un siècle, copie incomplète et parfois assez corrompue.
Le manuscrit de Gottingen, outre qu'il apporte nombre de passages nouveaux (nous reviendrons sur ce point dans notre édition de l'Histoire de Louis XI), permet presque toujours de résoudre les difficultés rencontrées par le premier éditeur. Dans certains cas, on peut rétablir, grâce à lui, les bonnes leçons à la place des mauvaises que Quicherat avait accueillies de confiance ; dans d 'autres, il permet de préciser la véritable pensée de l'auteur en des passages où Quicherat, qui avait bien vu les défauts du texte, n'avait pu faire que des conjectures hasardeuses et le plus souvent controuvées ^.
Voici, à titre d'indication, quelques exemples tirés de l'Histoire de Charles VII et de l'Histoire de Louis XI :
Leçons de P
(ms. 5962)
fontem atque radicem (éd. Quicherat, I, 4).
objectum enim... periculorum (I, 175-176).
incendhim belli (I. 271).
per regem adhuc incitati (II, i34).
ad taies ferendas val fovendas dissentiones (II, l5o).
Position DE Quicherat
Pas d'observation.
Pas d'observation.
Leçons de G
(ms. de Gottingen)
fomitevi.
oh metiim.
Pas d'observation. incentivitvt.
Quicherat remarque que ad hoc.
adhuc ne s'explique pas historiquement : il ne s'agit pas de nouvelles démarches du roi.
Pas d'observation. serendas.
I. Les exemples sont nombreux, comme on s'en apercevra en parcourant l'apparat critique. Les éditeurs de texte en tireront profit, car il s'agit, en somme, d'un cas très rare, celui où les conjectures critiques d'un éditeur moderne peuvent être contrôlées sur un manuscrit revisé personnellement par l'auteur. Cf. notre communication du 9 janvier 1932 à la Société des études latines, dont un résumé a paru dans la Revue des études latines, t. X (1932), p. 23.