HENRI VI EPOUSE MARGUERITE D ANJOU
les ambassadeurs anglais parlèrent aussi d'une trêve, dans l'espoir d'arriver à la paix. Les Anglais, nous l'avons dit, voyaient, en effet, que leur position s'affaiblissait de jour en jour en France et que leur puissance penchait vers la ruine et la disparition totale s'ils n'y pourvoyaient au moyen de la paix ou de la trêve. Ils espéraient ainsi arrêter les coups de la mauvaise fortune et conserver ce qu'ils possédaient en Normandie et en Guyenne.
Cette ouverture de trêve et de paix ne fut pas vue non plus d'un mauvais œil par le roi de France et ses conseillers, car, comme dit le Tragique, la paix, si elle est nécessaire au vaincu, fait aussi l'affaire du vainqueur i. Le roi et aussi le royaume de France, réduits à la misère, avaient le plus grand besoin de souf9.er un peu grâce à une trêve ou à la paix. Bref, après de nombreuses réunions et conversations relatives aux trêves et au traité de mariage, finalement celui-ci fut signé du consentement mutuel des deux parties et les trêves conclues et jurées entre les deux rois et royaumes, y compris les alliés de chacun d'eux. D'abord conclues pour trois ans environ 2, avec l'espoir que la paix pourrait être signée dans l'intervalle, ces trêves furent prorogées à maintes reprises jusqu'à cinq ans et un peu plus. De quelle utilité elles furent aux Français nous le montrerons, si Dieu le permet, dans la suite de cet ouvrage.
De même, le mariage et les épousailles avec Marguerite, fille du roi de Sicile, furent arrêtés par les procureurs de Henri, roi d'Angleterre, munis à cet effet de pouvoirs suffisants^, et la jeune fille fut livrée par ses parents au duc de Suffolk et aux grands d'Angleterre pour être amenée en
1. Vers retourné de l'Hercule furieux de Sénèque. Le texte (v. 368-369) est le suivant :
« Pacem reduci velle victori expedit, Victo necesse est... »
2. En réalité, pour vingt-deux mois, du i^^" juillet 1444 au i^r avril 1446. L'acte est dans Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. VI (1862), p. 97-107-
3. Le mariage ne fut contracté qu'au mois d'avril de l'année suivante (1445).