CHAPITRE II
Motifs pour lesquels la haine s'alluma entre Jean, duc de Bourgogne, et les ducs d'Orléans
Charles VI, père de Charles VII, longtemps avant sa mort, soit à la suite de quelque enchantement magique, soit par le fait de sa complexion naturelle, tomba dans une démence furieuse, coupée néanmoins d'assez fréquents intervalles de lucidité^. Ce malheur fut cause qu'entre les princes du royaume, surtout entre le duc d'Orléans, frère de Charles VI, et Jean, duc de Bourgogne -, des jalousies et des disputes se firent jour pour le gouvernement du royaume. La folie du roi lui interdisait absolument de gouverner par lui-même. Chacun des princes, au contraire, par ambition à la fois et par intérêt, se jugeait plus indiqué que le voisin pour cette grande charge, et chacun comptait beaucoup de sectateurs et de partisans. Le mal empira tellement et alluma si violemment les brandons de haine et de discorde que le susdit Jean, duc de Bourgogne, homme assurément d'esprit élevé et aimant la gloire, en vint à préparer le meurtre du duc d'Orléans à Paris, en l'an de grâce 1407^.
Que cette mort pourtant et le progrès immense de la haine qui l'avait provoquée aient eu encore une autre cause, nous le tenons de personnages importants, et vraisemblablement bien informés *. La voici :
Le duc de Bourgogne avait pour femme une très noble
Dodu, La folie de Charles VI, dans la Revue historique, t. CL {1925), p. 161-188.
2. Sur les origines lointaines de la rivalité entre Louis d'Orléans et Jean sans Peur, voir A. de Circourt, Le duc Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI, ses entreprises au dehors du royaume, dans la Revue des questions historiques, t. XLII (1887), p, 5-7, et L. Jarry, La vie politique de Louis de France, duc d'Orléans (Paris, 1889, in-80).