CHAPITRE VIII
Comment le roi d'Angleterre s'en vint EN Picardie avec son armée
EN TRAVERSANT LE PAYS DE CaUX
Après la reddition de la place, comme on était déjà au mois d'octobre^, le roi d'Angleterre prit le parti de ramener par voie de terre à sa place de Calais, aux frontières de Flandre 2, le corps expéditionnaire qu'il avait conduit à Harfleur par voie de mer. Peut-être ainsi pourrait-il attirer les Français et les forcer à combattre. S'étant donc armé, il prit chemin au travers du pays de Caux ^, ravageant tout sur son passage, puis, traversant la Somme, il pénétra en Picardie*.
Alors les princes et les grands du royaume de France pensèrent que ce serait pour eux une grande honte s'ils laissaient partir l'ennemi chargé de butin et emmenant une foule de prisonniers, après avoir tout dévasté sur un si long parcours. Ils assemblèrent donc, avec toute la noblesse du royaume et des gens d'armes, une grande armée, quatre fois plus nombreuse et plus forte que l'armée anglaise. Il est vrai qu'on pouvait appliquer aux Anglais le vers de Virgile :
« Peu nombreux, mais vaillants à la guerre^. »
Les Français, au contraire, bien que vigoureux, d'esprit guerrier, et rompus au métier des armes, manquaient de cohésion et de discipline ; de plus, une longue période de paix et de tranquillité les avait déshabitués des exercices militaires. De toutes les parties du royaume, princes grands et petits,
3. Jean Le Fèvre, seigneur de Saint-Remy, note, lui aussi, dans sa Chronique (éd. Morand, 1876, t. I, p. 231) la traversée du pays de Caux par Henri V et la ruine qui s'en suivit pour le pays. De même Monstrelet (éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 95).
4. D'après Monstrelet (t. III, p. 96). Henri V logea à Bailleul le dimanche 13 décembre.