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HISTOIRE DE CHARLES XH

Auguste se vil alors sans ressources: il ne lui restait que Cracovie, où il s’élait enfermé avec deux régiments de Moscovites, deux de Saxons, et quelques troupes de Earméc de la couronne, par lesquelles même il craignait d’être livré au vainqueur; mais son malheur fut au comble quand il sut que Charles XII était enfin entré en Saxe, le septembre 1706.

11 avait traversé la Silésie sans daigner seulement en faire avertir la cour de Tienne L L’Allemagne était consternée; la diète de Ratisbonne^, qui représente l’Empire, mais dont les résolutions sont souvent aussi infructueu-

ses que solennelles, déclara le roi de Suède ennemi de l’Empire, s’il passait au delà de l’Oder avec son armée^; cela même le détermina à venir plus tôt en Allemagne.

A son approche les villages furent déserts^; les habitants fuyaient de tous côtés. Charles en usa alors comme à Copenhague; il fit afficher partout qu’il n’était venu que pour donner la paix ; que tous ceux qui reviendraient chez eux et qui payeraient les contributions qu’il ordonnerait, seraient traités comme ses propres sujets, et les autres poursuivis sans quartier. Cette déclaration d’un prince qu’on savait n’avoir jamais manqué à sa parole fit revenir en foule tous ceux que la peur avait écartés. Il choisit son camp à Alt-Rantstadt^, près de la campagne de Lutzen®, champ de bataille fameux par la victoire et par la mort de Gustave Adolphe; il alla voir la place où ce

même , était aux extrémités de la Lithuanie.

1. La Silésie appartenait encore à cette époque à la maison d’Autriche.

?.. Ratisbomie (Regenshurg), sur le Danube, maintenant chef-lieu du cercle ‘lu Haut-Palatinat, en Bavière, fut ime ville libre et impériale jusqu’en 1806 ; la diète germanique s’v rassemblait depuis 1662. 28,000 h.

3. Charles Xll avait franchi l’Oder à Steinau ; la frontière saxonne, le 5 septembre; l’Elbe, le 16 septembre, et le 20, U établit son quartier général à Alt- Ranstadt.

4. Charles répandit la terreur dans la haute Pologne , en Silésie, en Saxe.

Toute la famille du roi Auguste, sa mère, sa femme, son fils, les principales

familles du pays se retiraient dans le cœur de l’Empire. Auguste implorait la paix. Voltaire, Histoire de Russie.

5. Alt-Ranstadt est un village de la Saxe prussienne,non loin de Mersebourg.

6. Lutzen, dans la Saxe prussienne, entre Mersebourg et l’Elster, à 19 kil.

S. -O. de Lcipsick. Dans les plaines voisines, Gustave-Adolphe mourut, vainqueur des Impériaux que commandait A^'alstcin (16 nov. 1632) ; et Napoléon battit les Prussiens et les Russes (2 mai 1813). A quelque distance à l’ouest est Rossbach, où les Autrichiens et les Français furent défaits par Frédéric II, en 1757. On conserve et on montre encore des traces du sang de Gustave-Adolphe, à Weissciifcls, jolie ville, entre les champs de bataille de Lutzen et de Rossbach.

LIVHK TROISIÈME.

grand homme avait été Uié. Quand on l’eut conduit sur le lieu : «J’ai taché, dit-il, de vivre comme lui; Dieu m’ac- « cordera peut-être un jour une mort aussi glorieuse. »

De ce camp il ordonna aux états de Saxe de s’assembler, et de lui envoyer sans délai les registres des finances de l’électorat. Des qu’il les eut en son pouvoir et qu’il fut informé au juste de ce que la Saxe pouvait fournir, il la taxa à six cent vingt-cinq mille rixdales par mois. Outre celte contribution, les Saxons furent obligés de fournir à chaque soldat suédois deux livres de viande, deux livres de pain, deux pots de bière, et quatre sous par jour, avec du fourrage pour la cavalerie. Les contributions ainsi réglées, le roi établit une nouvelle police pour garantir les Saxons des insultes de ses soldats ; il ordonna, dans toutes les villes où il mit garnison, que chaque hôte^, chez qui les soldats logeraient, donnerait des certificats tous les mois de leur conduite^, faute de quoi le soldat n’aurait point sa paye. De plus, des inspecteurs allaient tous les quinze jours, de maison en maison, s’informer si les Suédois n’avaient point commis de dégât. Ils avaient soin de dédommager les hôtes, et de punir les coupables.

On sait sous quelle discipline sévère vivaient les troupes de Charles XII ; qu’elles ne pillaient pas les villes prises d’assaut avant d’en avoir reçu la permission ; qu’elles allaient même au pillage avec ordre, et le quittaient au premier signal. Les Suédois se vantent encore aujourd’hui de la discipline qu’ils observèrent en Saxe ; et cependant les Saxons se plaignent des dégâts affreux qu’ils y commirent ; contradictions qu’it serait impossible de concilier, si l’on ne savait combien les hommes voient différemment les mêmes objets. Il était bien difficile que les vainqueurs n’abusassent quelquefois de leurs droits, et que les vaincus ne prissent les plus légères lésions^ pour des brigandages barbares^. Un jour, le roi sc

1. Hôte a le sens actif et le sens passif; c’est tantôt celui qui reçoit l’hospitalité, tantôt comme ici celui qui la donne.

2. J’aimerais mieux donnerait tous les mois des certificats de leur conduite.

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