La paix fut signée le 25 septembre
3. Auguste était fils d’Anne-Sophie, fille de Frédéric III de Danemark, et sœur d’Ulriquc-Eléonore ; il était donc cousin germain de Charles XII.
HISTOIRt: DE CHARLES XIL
un lieu nommé Gutersdorf, au quartier du comte Piper, sansaucune cérémonie. Charles XII était en grosses bottes, ayant pour cravate un tafï'etas^ noir qui lui serraitlecou ; son habitétait, comme àl’ordinaire, d’un gros drap bleu, avec des boutons de cuivre doré. II portait au côté une longue épée qui lui avait servi à la bataille de Narva, et sur le pommeaude laquelle il s’appuyait souvent. La conversation ne roula que sur ses grosses bottes. Charles XII ditauroi Auguste qu’il ne les avait quittées depuis six ans que pour se coucher. Ces bagatelles furent le seul entretien de deux rois, dont l’un ôtait une couronne à l’autre. Auguste surtout parlait avec un air de complaisance et de satisfaction, queles princes et les hommes accoutumés aux grandes affaires savent prendre au milieu des mortifications les plus cruelles. Les deux rois dînèrent deux fois ensemble. GbarlesXIIaffecta toujours dedonner ladroite ^ au roi A uguste ; mais bien loin de rien relâcher de ses demandes, il en ht encore de plus dures. C’était déjà beaucoup qu’un souverain fût forcé à livrer un général d’armée, un ministre public^ : c’était un grand abaissement d’être obligé d’envoyer à son successeur Stanislas les pierreries et les archives de la couronne ; mais ce fut le comble à cet abaissement ^ d’être réduit enfin ^ à féliciter de son avènement au trône celui qui allait s’y asseoir à sa place. Charles exigea une lettre d’Auguste à Stanislas : le roi détrôné se le fit dire plus d’une fois ; mais Charles voulait cette lettre, et il fallait l’écrire La voici telle que je l’ai vue depuis peu, copiée fidèlement sur l’original que le roi Stanislas garde encore :
Monsieur et frère,
((Nous avions jugé qu’il n’était pas nécessaire d’entrer
1. Un taffetas noir, c’est-à-dire un morceau de. On dirait plutôt il avait une cravate de taffetas noir,