Stanislas répondit à cette lettre
« Monsieur et Frère,
« La correspondance de votre Majesté est une nouvelle obligation que j’ai au roi de Suède. Je suis sensible aux compliments que vous me faites sur mon avènement au trône. J’espère que mes sujets n’auront point lieu de me manquer de fidélité, parce que j’observerai les lois du royaume.
« Stanislas, roi de Pologne. »
2. Officiers de magistrature, c’està-dire ayant des offices dans la magistrature.
3. Auguste devait aussi livrer tous les Russes, qui se trouvaient en Saxe. On avait donné pour prétexte de l’arrestation de Patkul, qu’il négociait pour les mettre au service de l’Autriche.
4. Koenigstein est une petite ville de Saxe, qui a une forteresse bâtie sur un rocher de 293 mètres, au-dessus de l’Elbe supérieur.
niSTOIlŒ DE CHAULES XII.
Palkul l’emporta sur le soin qu’on prenait de le sauver. Le gouverneur, sachant que Palkul était très-riche, voulut lui faire acheter sa liberté. Le prisonnier, comptant encore sur le droit des gens, et informé des intentions du roi Auguste, refusa de payer ce qu’il pensait devoir obtenir pour rien. Pendant cet intervalle, les gardes commandés pour saisir le prisonnier arrivèrent, et le livrèrent immédiatement h quatre capitaines suédois, qui l’emmenèrent d’abord au quartier général d’Alt-Ranlstadt où il demeura trois mois attaché à un poteau avec une grosse chaîne de fer; de là il fut conduit à Casimir Charles XII, oubliant que Patkul était ambassadeur du czar, et se souvenant seulement qu’il était né son sujet, ordonna au conseil de guerre de le juger avec la dernière rigueur. Il fut condamné à être rompu vif et à être mis en quartiers Un chapelain vint lui annoncer qu’il fallait mourir, sans lui apprendre le genre du supplice. Alors cet homme, qui avait bravé la mort dans tant de batailles, se trouvant seul avec un prêtre, et son courage n’étant plus soutenu par la gloire ni par la colère, sources de l’intrépidité des hommes, répandit amèrement des larmes dans le sein du chapelain. Il était fiancéavec une dame saxonne, nommée madame d’Einsiedel, qui avait de la naissance, du mérite et de la beauté, et qu’il avait compté d’épouser à peu près dans le temps même qu’on le livrait au supplice. Il recommanda au chapelain d’aller la trouver pour la consoler, et de l’assurer qu’il mourait plein de tendresse pour elle. Quand on l’eut conduit au lieu du supplice, et qu’il vit les roues et les pieux dressés, il tomlja clans des convulsions de frayeur, et se rejeta dans les bras
1. Patkul fut livré aux Suédois le 6 avril ; il fut mis à mort le 10 octobre à Casimir. Voltaire, dans son Histoire de Russie, a flétri avec plus d’indignation la conduite d’Auguste : « Il valait mieux mourir les armes à la main que de conclure un tel traité; non-seulement il y perdait sa couronne et sa gloire, mais il risquait même sa liberté, puisqu’il était alors entre les mains du prince Menzikoiï en Posnanie. »
2. Casimir est à huit lieues de Poscn*, il y a une autre ville de ce nom sur la Vistule, dans le palatinat de Lublin.
3. Nordberg avoue que tous les or dres furent écrits par Charles lui-même.
4. Compter de. Les meilleurs écrivains ont employé la préposition de avec ce verbe ; cependant le Dictionnaire de l’Académie dit que compter n’est pas suivi maintenant de la préposition.
Ï.IVRE THOISH'^IE.
du ministre, qui Tembrassaen le couvrant de son manteau et en pleurant. Alors un ofticier suédois lut à haute voix un papier dans lequel ^ étaient ces paroles :
(( On fait savoir que Tordre très-exprès de Sa Majesté notre seigneur très-clément, est que cel homme, qui est traître à la patrie, soit roué et écartelé pour réparation de scs crimes, et pour Texemple des autres. Que chacun SC donne de garde de ^ la trahison, et serve son roi fidèlement. » A ces mots Aq prince très-clément : « Quelle clémence ! » dit Patkul ; et à ceux de traître à la patrie : « Hélas ! dit-il, je Tai trop bien servie. » Il reçulseize coups, et souffrit le supplice le plus long et le plus affreux qu’on puisse imaginer Ainsi périt l’infortuné Jean Réginold Patkul, ambassadeur et général de l’empereur de Russie.
Ceux qui ne voyaient en lui qu’un sujet révolté contre son roi disaient qu’il avait mérité la mort; ceux qui le regardaient comme un Livonien, né dans une province laquelle avait des privilèges à défendre, et qui se souvenaient qu’il n’était sorti de la Livonie que pour en avoir soutenu les droits, l’appelaient le martyr de la liberté de son pays. Tous convenaient d’ailleurs que le litre d’ambassadeur du czar devait rendre sa personne sacrée. Le seul roi de Suède, élevé dans les principes du despotisme, crut n’avoir fait qu’un acte de justice, tandis que toute l’Europe condamnait sa cruauté.
Ses membres coupés en quartiers restèrent exposés sur des poleauxjusq^u’en 1713, qu’Auguste^, étant remonté sur son trône, fit rassembler ces témoignages de la nécessité où il avait été réduit à Alt-Ranstadt : on les lui apporta à Varsovie, dans une cassette, en présence de Buzenval, envoyé de France. Le roi de Pologne montrant la cassette h