LIVRE TROISIEME
n*a jamais assiégé de ville qu’il n’ait prise, ni donné de bataille qu’il n’ait gagnée, était à Saint-James ^ un adroit courtisan, dans le parlement un chef de parti, dans les pays étrangers le plus habile négociateur de son siècle. /I avait fait autant de mal à la France par son esprit que par ses armes. On a entendu dire au secrétaire des États généraux, M.Fagel homme d’un très-grand mérite, que plus d’une fois les états généraux ayant résolu de s’opposer à ce que le duc de Marlborough devait leur proposer, le duc arrivait, leur parlait en français, langue dans laquelle il s’exprimait très-mal, et les persuadaittous: c’est ce que le lord Bolinghroke m’a confirmé
11 soutenait avec le prince Eugène^, compagnon de ses victoires, et avec Heinsius grand-pensionnaire de Hollande, tout le poids des entreprises des alliés contre la France. Il savait que Charles était aigri contre l’Empire et contre l’Empereur, qu’il était sollicité secrètement par les Français ; et que si ce conquérant embrassait le parti de Louis XTY, les alliés seraient opprimés
Il est vrai que Charles avait donné sa parole, en 1700, de ne se mêler en rien de la guerre de Louis XIV contre les alliés ; mais le duc de Marlborough ne croyait pas qu’il y
1. Le palais de Saint- James était à Londres la résidence de la cour; et l’on disait le cabinet de Saint-James, comme en France le cabinet de Versailles, comme plus tard en Prusse le cabinet de Potsdam.
2. Dans le parlement d’Angleterre, Marlborough dominait alors à la tête du parti whig^ dont les chefs étaient avec lui les ministres Godolphin et Sunderland. RIarlborough était encore tout-
{missant par l’inlluence qu’exerçait sur a faible reine l’altière duchesse de Marlborough.
3. François-Nicolas Fagel appartenait à une illustre famille des Provinces- Unies, qui a fourni un grand nombre d’hommes d’État à la république.