Il y eut des froideurs marquées
Nous avons déjà remarqué l’emploi assez fréquent par Voltaire de ces pluriels.
3. C’est-à-dire démêler , découvrir leurs sentiments, leurs passions.
4. Rien ne prouve que Charles XII ait eu une aversion naturelle pour la France. Voir la fin de la note 3, page
r.IVRR TROISIÈME.
Il comprit que si ce prince restait en Saxe, c’était pour imposer quelques conditions un peu dures à l’empereur d’Allemagne. 11 savait bien que l’Empereur ne résisterait pas, et qu’ainsi les aüaires se termineraient aisément. Il laissa Charles XII à son penchant naturel et, satisfait de l’avoir pénétré, il ne lui fit aucune proposition. Ces particularités m’ont été confirmées par madame la duchesse de xMarlborough, sa veuve, encore vivante Comme peu de négociations s’achèvent sans argent, et qu’on voit quelquefois des ministres qui vendent la haine ou la faveur de leur maître, on crut dans toute l’Europe que le duc de Marlborough n’avait réussi auprès du roi de Suède qu’en donnant à propos une grosse sommeau comte Piper ; et la mémoire de ce Suédois en est restée flétrie jusqu’aujourd’hui. Pour moi qui ai remonté, aulantqu’il m’a été possible, à la source de ce bruit, j’ai su que Piper avait reçu un présent médiocre de l’Empereur par les mains du comte de Wratislau, avec le consentement du roi son maître, et rien du duc de Marlborough. Il est certain que Charles était inflexible dans le dessein d’aller détrôner l’empereur des Russes, qu’il ne recevait alors conseil de personne, et qu’il n’avait pas besoin des avis du comte Piper pour prendre de Pierre Alexiowitz une vengeance qu’il cherchait depuis si longtemps
1. Nouvel exemple d’ellipse qui donne plus de rapidité au style.
2. La duchesse de Marlborough mourut en 1744, à l’âge de 84 ans. Voltaire écrivait en 1727-28 ; mais il a retouché son ouvrage à plusieurs reprises.
3. Voltaire s’est eflbrcé de prouver, contrairement à une opinion très-accréditée, l’intégrité du comte Piper. Saint- Simon est d’un avis tout opposé : « Les plus grands rois, sont malheureux, ditil ; Piper était son unique ministre qui l’avait toujours suivi, il avait toute sa confiance. Tout occupé de troupes, de subsistances, de guerre, il ne donnait aux affaires d’État qu’une attention superficielle, emporté par cette passion de héros et par l’amour de la vengeance. L’empereur et l’Angleterre gagnèrent Piper à force d’argent et d’autres promesses. Piper, vendu rie la sorte, se servit de CCS deux passions de sou mailre
pour le tirer de Saxe et le faire courir après le czar pour le détrôner, comme il avait fait le roi Auguste. Rien ne le put détourner d’une si hasardeuse folie. L’objet et le péril qui y était attaché furent pour lui un double attrait. Piper l’y nourrit et l’y précipita. Le traître y périt dans les cachots des Moscovites» (année 1706). Lémontey, dans son Histoire de la Régence, affirme également que l’Empereur et Marlborough corrompirent le comte par de grosses sommes d’argent ; le général anglais eut une entrevue avec ce ministre avare, qui entraîna furtivement son maître au parti le moins sensé.
Oxenstiern, ajoute-t-il, avait d’ailleurs nourri la jeunesse de Charles XII de préventions et de jalousies contre la France. La question néanmoins reste encore douteuse.
Enfin, ce qui achève de justifier ce ministre^, c’est l’honneur rendu longtemps après à sa mémoire par Charles XII, qui, ayant appris que Piper étaitmort en Russie fit transporter son corps à Stockholm, et lui ordonna ^ à ses dépens des obsèques magnifiques.
Le roi qui n’avait point encore éprouvé de revers, ni même de retardement dans ses succès, croyait qu’une année lui suffirait pour détrôner le czar, et qu’il pourrait ensuite revenir sur ses pas, s’ériger en arbitre de l’Europe; mais il voulait auparavant humilier l’empereur d’Allemagne.
Le baron deStralheim, envoyé de Suèdeà Vienne, avait eu dans un repas une querelle avec le comte de Zobor, chambellan de Lempereur^ : celui-ci ayant refusé de boire à la santé de Charles XII, et ayant dit durement que ce prince en usait trop mal avec son maître, Stralheim lui avait donné un démenti et un soufflet, et avait osé, après cette insulte, demander réparation à la cour impériale. La crainte dedéplaire au roi de Suède avait forcé l’Empereur à bannir son sujet, qu’il devait venger. Charles XII ne fut pas satisfait; il voulut qu’on lui livrât le comte de Zobor. La fierté de la cour de Vienne fut obligée de fléchir ; on mit le comte entre les mains du roi, qui le renvoya, après l’avoir gardé quelque temps prisonnier à Stetin.
11 demanda de plus, contre toutes les lois des nations, qu’on lui livrât quinze cents malheureux Moscovites qui, ayant échappé à ses armes, avaient fui jusque sur les terres
l. L’historien suédois Geyer est beaucoup plus favorable à Piper que Saint- Simon et Lémontey ; il pense que Charles XII perdit par“ une opiniâtreté impardonnable la gloire d’être l’arbitre du Nord et de l’Europe entière. Deux favoris, dit-il, Piper et Renskôld, circonvenaient le roi comme de mauvais génies. Charles paraissait attaché également à l’un et à l’autre. Mais un abîme de haine et de jalousie séparait ces deux hommes. Ce que Piper voulait ou désirait était rejeté par Renskôld, qui se rendait ainsi cher et indispensable au roi, car les conseils de Piper étaient ceux d’un sage et grand ministre, tandis que ceux de Renskôld ne tendaient qu’à
développer chez son maître la hardiesse et la témérité, etc.
2. Piper mourut prisonnier des Russes à Schlüsselbourg, en 1715.
Ordonna pour lui serait plus régulier.
4. Saint-Simon dit que l’envoyé de Suède, baron de Strahlenheim, parlait avec audace à la cour de Vienne, et qu’on chercha à le mortifier. Le comte de Zobor lui refusa le salut dans l’antichambre de l’Empereur et en reçut un soufflet ; Charles XII exigea la réparation la plus éclatante, comme Voltaire le rapporte, et obtint tout ce qu’il demandait. Plus tard le comte de Zobor alla chercher le baron à Rreslau, et le tua dans un duel, ou, suivant d’autres, l’assassina.
LlVKb: TUOISŒME.
de l’Empire. Il fallut encore que la cour de Vienne consenlil à celte étrange deniiinde ; et si l’envoyé moscovite h Vienne n’avait adroitementfaitévader ces malheurcuxpar divers chemins, ils étaient tous livrés à leurs ennemis
La troisième et la dernière de ses demandes fut la plus forte-. H se déclara le protecteur des sujets protestants de l’Empereur en Silésie, province appartenant à la maison d’Autriche, non à rEmpire.il voulut que rEmpereur leur accordât des libertés et des privilèges, établis, à la vérité, par les traités de Vestphalie, mais éteints, ou du moins éludés par ceux de Rysvick L’Empereur, qui ne cherchait qu’à éloigner un voisin si dangereux, plia encore, et accorda tout ce qu’on voulut. Les luthériens de Silésie eurent plus de cent églises que les catholiques furent obligés de leur céder par ce traité ; mais beaucoup de ces concessions^ que leur assurait la fortune duroi de Suède, leur furent ravies, dès qu’il ne fut plus en état d’imposer des lois.
L’Empereur, qui fit ces concessions forcées, et qui plia en tout sous la volonté de Charles XII, s’appelait Joseph ; il était fils aîné de Léopold, et frère de Charles VI, qui lui succéda depuis. L’internonce ^ du pape, qui résidait alors auprès de Joseph, lui fit des reproches fort vifs de ce qu’un empereur catholique comme lui avait fait céder l’intérêt de sa propre religion à ceux des hérétiques : « Vous êtes bien heureux, lui répondit l’Empereur en » riant, que le roi de Suède ne m’ait pas proposé de me » faire luthérien : car s’il l’avait voulu, je ne sais pas ce )) que j’aurais fait. »
Le comte de Wratislau, son ambassadeur auprès de Charles XII, apporta à Leipsick le traité en faveur desSilésiens, signé de la main de son maître. Alors Charles dit qu’il était lemeilleur ami de l’Empereur; cependant Une