‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 124 sur 285 · Il serait plus exact de dire la troisième et dernière · texte numérisé non relu

Il serait plus exact de dire la troisième et dernière

3. Les traités de Westphalie, qui terminent la guerre de Trente ans, sont de 1648 j la paix de Ryswick est de 1607,

Remarquons que Voltaire écrit toujours systématiquement par un v les mots allemands, qui, d’après l’orthographe germanique, ont w ; Vurtemberg, Vestphalie ; au lieu de Wurtemberg, Westphalie.

4. C’est l’ambassadeur du pape, revêtu seulement d’un titre provisoire#

IIISTOIRt: DR CDAULRS Xlf.

vit pas sans dépit que Rome l’eût traversé autant qu’elle l’avait pu. 11 regardait avec mépris la faiblesse de cette cour qui^ ayant aujourd’hui la moitié de l’Europe pour ennemie irréconciliable, est toujours en défiance de l’autre, et ne soutient son crédit que par l’habileté des négociations ; cependant il songeait à se venger d'elle. Il dit au comte de Wratislau que les Suédois avaient autrefois subjugué Rome ^etqu’ils n’avaient pas dégénéré comme elle. 11 fit avertir le pape qu’il lui redemanderait un jour les effets ^ que la reine Christine avait laissés h Rome. On ne sait jusqu’où ce jeune conquérant eût porté ses ressentiments et ses armes, si la fortune eût secondé ses desseins. Rien ne lui paraissait alors impossible : il avait même envoyé secrètement plusieurs officiers en Asie, et jusque dans l’Égypte, pour lever le plan des villes et l’informer des forces de ces États. 11 est certain que si quelqu’un eûtpu renverser l’empire des Persans et des Turcs, et passer ensuite en Italie, c’était Charles XII. 11 était aussi jeune qu’ Alexandre, aussi guerrier, aussi entreprenant, plus infatigable, plus robuste et plus tempérant; et les Suédois valaient peut-être mieux que les Macédoniens: mais de pareils projets, qui sont traités de divins quand ils réussissent, ne sont regardés que comme des chimères quand on est malheureux^.

Enfin toutes les difficultés étant aplanies, toutes ses volontésexécutées, après avoirhumiliérEmpereur, donné la loi dans l’Empire, avoir protégé sa religion luthérienne au milieu des catholiques, détrôné un roi, couronné un autre, se voyant la terreur de tous les princes, il se prépara à partir. Les délices de la Saxe, où il était resté oisif une année, n’avaient en rien adouci sa manière de vivre. Il montait à cheval trois fois par jour, se levait à quatre

1. Toujours en supposant que les Goths, qui prirent Rome sous Alaric, en 410, étaient originaires de Scandinavie.

2. Les effets. Christine était morte à Rome en 1698, et avait laissé dans celte ville tous les objets précieux qui lui restaient de son ancienne fortune,

et principalement une collection de tableaux et d’antiquités avec une bibliothèque riche en manuscrits.

3. Voltaire n’aurait pas dû parler sérieusement de CCS projets chimériques, que l’on ne peut même avec certitude attribuer à Charles.

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heures du malin, s’habillait seul, ne buvait point de vin, ne restait table qu’un quart d’heure, exerçait ses troupes tons les jours, et ne connaissait d’autre plaisir que celui de faire trembler l’Europe.

Les Suédois ne savaient point encore où le roi voulait l('s mener. On se doutait seulement, dans l’armée, que Charles pourrait aller à Moscou. Il ordonna, quelques jours avant son départ, à son grand maréchal des logis, de lui

donner par écrit la route depuis Leipsick Il s’arrêta un

moment à ce mot; et, de peur que le maréchal des logis ne pût rien deviner de ses projets, il ajouta en riant : jusqu’à toutes les capitales de l’Europe. Le maréchal lui apporta une liste de toutes ces routes, à la tête desquelles il avait affecté de mettre en grosses lettres : Route de Leipsick à Stockholm, La plupart des Suédois n’aspiraient qu’à y retourner; mais le roi était bien éloigné de songer à leur faire revoir leur patrie. « Monsieur le maréchal, dit- )) il, je vois bien où vous voudriez me mener; mais nous )) ne retournerons pas à Stockholm si tôt. »

L’armée était déjà en marche, et passait auprès de Dresde ; Charles était à la tête, courant toujours, selon sa coutume, deux ou trois cents pas devant ses gardes. On le perdit tout d’un coup de vue : quelques officiers s’avancèrent à bride abattue pour savoir où il pouvait être : on courut de tous côtés, on ne le trouva point : l’alarme est en un moment dans toute l’armée ; on foit halte ; les généraux s’assemblent; on était déjà dans la consternation; on apprit enfin d’un Saxon qui passait ce qu’était devenu le roi.

L’envie lui avait pris, en passant si prés de Dresde, d’aller rendre une visite au roi Auguste : il était entré à cheval dans la ville, suivi de trois ou quatre officiers généraux; on leur demanda leur nom à la barrière : Charles dit qu’il s’appelait Cari, et qu’il était draban^; chacun prit un nom supposé. Le comte Flemming, les voyant passer dans la place, n’eut que le temps de courir avertir son maître. Tout ce qu’on pouvait faire dans une occasion

1. Les drabans (de traben, trotter) I gés spécialement de la gr, rde Mu roi ; ce avaient été organisés par Charles XI ; | corps n*existc plus depuis 1822* c’étaient de jeunes gentilshommes, char- 1 CHARLES Xli.

pareille s’étail déjà présenté à l’idée du ministre : il en parlait à Auguste; mais Charles entra tout botté dans la chambre, avant qu’ Auguste eût eu même le temps de revenir de sa surprise. 11 élait malade alors^ et en robe de chambre : il s’habilla en hâte. Charles déjeuna avec lui comme un voyageur qui vient prendre congé de son ami ; ensuite il voulut voiries fortifications. Pendant le peu de temps qu’il employa à les parcourir, un Livonien proscrit en Suède, qui servait dans les troupes de Saxe, crut que jamaisilne s’offrirait une occasionplusfavorabled’obtenir sa grâce ; il conjura le roi Auguste de la demander à Charles, bien sûr que ce roi ne refuserait pas cette légère condescendance à un prince à qui il venait d’ôter une couronne, et entre les mains duquel il était dans ce moment. Auguste se chargea aisément de cette affaire. Il était un peu éloigné du roi de Suède, et s’entretenait avec Hord, général suédois. « Je crois, lui dit-il en souriant, que )) votre maître ne me refusera pas. — Vous ne le connais- » sez pas, repartit le général Hord ; il vous refusera plutôt )) ici que partout ailleurs. » Auguste ne laissa pas de demander au roi en termes pressants la grâce du Livonien. Charles la refusa d’une manière à ne pas se la faire demander une seconde fois. Après avoir passé quelques heures dans cette étrange visite, il embrassa le roi Auguste et partit. Il trouva, en rejoignant son armée, tous ses généraux encore en alarmes; ils lui dirent qu’ils comptaient assiéger Dresde, en cas qu’on eût retenu Sa Majesté prisonnière. (( Bon! dit le roi, on n’oserait. )> Le lendemain, sur la nouvelle qu’on reçut que le roi Auguste tenait conseil extraordinaire à Dresde : « Vous verrez, dit le baron de Stralheim, qu’ils délibèrent sur ce qu’ils devaient faire hier. » A quelques jours de là, Rehnskôld, étant venu trouver le roi, lui parla avec étonnement de ce voyage de Dresde. (( Je me suis fié, dit Charles, sur ma bonne fortune : j’ai )) vu cependant un moment qui n’était pas bien net ^ ; Flem- )) mingn’avait nulle envie que je sortisse de Dresde si tôt. »

1. ■ Un moment qui n’était pas bien \ pas sans embarras, où l’on pouvait avoir net R c’est-à-dire un moment qui n’était j quelque doute, quelque soupçon.

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