‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 126 sur 285 · Stanislas ne fut pas reconnu par les Provinces-ünies · texte numérisé non relu

Stanislas ne fut pas reconnu par les Provinces-ünies

4. On appelle Porte Ottomane ou Sublime-Porte le gouvernement du sultan ; suivant les uns, le nom de Poi .e sert depuis longtemps en Orient pour désigner le palais, la coui' du roi, le lieu où l’on rend suidout la justice j suivant d’autres, le dernier kalife abbasside, Mostasem, fit enchâsser sur le seuil de la principale porte de son palais, à Bagdad, un morceau de la célèbre pierre noire de la Kaaba ; depuis elle fut appelée la Por/epar excellence, et ce nom fut appliqué au palais et au gouvernement.

LIVUE QUATlllEME.

cepaysouvertdetoutesparls,n'ayanlpoiiil de places fortes qui coupent la retraite à une année, laissait aux Russes la liberté de reparaître souvent au meme eiulroitoù ils avaient été battus, et môme de pénétrer dans le pays aussi avant que le vainqueur. Pendant le séjour de Charles en Saxe, le czar s’était avancé jusqu’à Léopold, à l’extrémité méridionale de la Pologne. Il était alors vers le nord, à Grodno en Lithuanie, à cent lieues de Léopold.

Charles laissa en Pologne Stanislas qui, assisté de dix mille Suédois et de ses nouveaux sujets, avait à conserver son nouveau royaume contre les ennemis étrangers et domestiques : pour lui, il se mit à la tête de sa cavalerie et marcha vers Grodno, au milieu des glaces, au mois de janvier 1708.

Il avait déjà passé le Niémen ^ à deux lieues de la ville; et le czar ne savait encore rien de sa marche. A la première nouvelle que les Suédois arrivent, le czar sort par la porte du nord, et Charles entre par celle qui est au midi. Le roi n’avait avec lui que six cents gardes; le reste n’avait pu le suivre. Le czar fuyait avec plus de deux mille hommes, dans l’opinion que toute une armée entrait dans Grodno Il apprend, le jour même, par un transfuge polonais, qudl n’a quitté la place qu’à six cents hommes, et que le gros de l’armée ennemie était encore éloigné de plus de cinq lieues^. Il ne perd point de temps ; il détache quinze cents chevaux de sa troupe à l’entrée de la nuit pour aller surprendrele roi de Suède dans la ville. Les quinze cents Moscovites arrivèrent à la faveur de l’obscurité jusqu a la pre-

1. Charles franchit la Vistuîe à Wloçlawek, le 9 janvier 1708. Si Ton en croit Voltaire [Histoire de Russie, ch.

xvi), les Suédois ravagèrent cruellement le pays entre la Vistule et le Niémen ; les paysans, maltraités, se réfugiaient dans les marais et les bois, et attaquaient les Suédois; « on saisit tous ceux qu’on put trouver; on les obligeait à se pendre les uns les autres, et le dernier était forcé de se passer luimème la corde au cou et d’être son propre bourreau. On réduisit en cendre toutes leurs habitations. »

2. Charles passe le Niémen, et entre dans Grodno, le G ou 8 février 1708. —

Le fleuve coule d’abord tortueusement des environs de Minsk vers l’ouest ; il sépare la Russie de la Pologne ; arrose Grodno, Kowno, où il a 200 mètres ; puis il entre en Prusse, passe à Tilsitt, se divise en plusieurs bras, se jette dans les lagunes du Kurish-hafT, et en sort à Mémel pour entrer dans la Baltique ; il a 680 kil. de cours.

3. Grodno, sur le Niémen, en Lithuanie. Voir note 1 de la page 74. -

4. « Quelques jésuites, dont on avait pris la maison pour loger le roi de Suède, se rendent la nuit auprès du czar et lui apprennent la vérité.» Histoire de Rus-

1 sie, ch. XVI.

mière garde suédoise, sans être reconnus. Trente hommes composaient cette garde; ils soutinrent seuls un demiquart d’heure l’effort des quinze cents hommes. Le roi, qui était à Tautre bout de la ville, accourut bientôt avec le reste de ses six cents gardes. Les Russes s’enfuirent avec précipitation. Son armée ne fut pas longtemps sansle joindre, ni lui sans poursuivre l’ennemi. Tous les corps moscovites répandus dans la Lithuanie se retiraient en hâte du côté de l’orient, dans le palatinat de Minski près des frontières de la Moscovie, où était leur rendez-vous. Les Suédois, que le roi partagea aussi en divers corps, ne cessèrent de les suivre pendant plus de trente lieues de chemin.Ceuxquifuyaient, et ceuxqui poursuivaient, faisaient des marches forcées presque tous les jours, quoiqu’on fût au milieu de l’hiver. Il y avait déjà longtemps que toutes les saisons étaient devenues égales pour les soldats de Charles et pour ceux du czar; la seule terreur qu’inspirait le nom du roi Charles mettait alors de la différence entre les Russes et les Suédois

Depuis G rodno jusqu’au Borysthène, en tirant vers l’orient, ce sont des marais, des déserts, des forêts immenses^; dans les endroits qui sont cullivéson ne trouve point de vivres; les paysans enfouissent dans la terre tous leurs grains et tout ce qui peut s’y conserver : il faut sonder la terre avec de grandes perches ferrées pour découvrir ces magasins souterrains. Les Moscovites et les Suédois se servirent tour à tour de ces provisions; mais on n’en trouvait pas toujours, et elles n’étaient pas suffisantes.

1. Minsk, sur un affluent de la Bérézina, au milieu de vastes forêts, sur la route de Varsovie à Smolensk ; chef-lieu du gouvernement de ce nom ; 23,000 habitants, dont beaucoup sont Juifs. La prise de cette ville par les Russes, en 1812, fut mie des causes du désastre de la Bérézina ; elle était alors en Lithuanie (Pologne).

2. Il paraît que Charles XII avait d'abord eu l’intention de remonter vers le nord, pour chasser les Russes de la Livonie, et marcher ensuite vers Moscou par Pskof ; il avait même ordonné à Gyllenkrok, savant officier du génie, de

se procurer des cartes et des plans de cette ville. Il marcha dans cette direction jusqu’à Smorgoni, sur la Yilia, là même où Napoléon, dans la fameuse retraite de Russie, remit le commandement de l’armée à Murat ; puis il revint au sud-est vers Minsk, sur la route de Varsovie à Moscou.

3. Ce pays était couvert de forêts et de marais ; le roi de Pologne, Sigismond 1er, dans sa marche sur Moscou, fut obligé de construire 340 ponts ou chaussées de troncs d’arbres dans un espace de 100 kilom. Voyez Thiers, Hist. du Cons. et de l’Emp., liv. xliii.

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Le roi de Suède qui avait prévu ces extrémités, avait fait apporter du biscuit pour la subsistance de son armée : rien ne Tarreta dans sa marche L Après qu’il eut traversé la forêt de Minski, où il fallut abattre à tout moment des arbres pour faire un chemin à ses troupes et à son bagage, il se trouva, le 2o juin 1708, devant la rivière de Bérésine vis-à-vis^ Borislou 'K

l.e czar avait rassemblé en cet endroit la plus grande partie de ses forces ; il y était avantageusement retranché. Son dessein était d’empêcher les Suédois de passer la rivière. Charles posta quelques régiments sur le bord de la Bérèzine, à l’opposite de Borislou, comme s’il avail voulu tenter le passage à la vue de Tennemi. Dans le même temps il remonte avec son armée trois lieues au delà vers la source de la rivière ^ ; il y fait jeter un pont, passe sur le ventre ® à un corps de trois mille hommes qui défendait ce poste, et marche à l’armoe ennemie sans s’arrêter. Les Russes ne l’attendirentpas, ils décampèrent, etse retirèrent vers le Borysthène, gâtant tous les chemins, et détruisant tout sur leur routepour retarder au moins les Suédois.

Charles surmonta tous les obstacles, avançant toujours vers le Borysthène. Il rencontra sur son chemin vingt mille Moscovites retranchés dans unlieunomméHollosin'^,

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