‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 141 sur 285 · Le kax de là Petite Tartàrie · texte numérisé non relu

Le kax de là Petite Tartàrie

Voir la note 2 de la page 138.

4. Pultava n’était défendue que par une faible garnison et un simple rempart de terre ; on conseilla au roi de tenter un assaut, qui aurait probablement réussi ; mais il avait été repoussé à Weprik ; il résolut de faire un siège régulier, et Rehnskold ne manqua pas d’être de son avis contre celui de ses généraux.

5. Qu’il espérait. On a déjà vu l’en> ploi du verbe espérer dans le sens é! attendre»

dans la ville. La garnison, par ce moyen, se trouva forte de près de cinq mille hommes.

On faisait des sorties et quelquefois avec succès; on fit jouer une mine; mais ce qui rendait la ville imprenable, c’était l’approche du czar, qui s’avançait avec soixante et dix mille combattants. Charles XII alla les reconnaître, le 27 j uin, jour de sa naissance et battit un de leurs détachements; mais comme il retournait à son camp, il reçut un coup de carabine qui lui perça la botte, et lui fracassa l’os du talon On ne remarqua pas sur son visage le moindre changement qui pût faire soupçonner qu’il était blessé : il continua à donner tranquillement ses ordres, et demeura encore près de six heures à cheval. Un de ses domestiques, s’apercevant que lesoulier de labotte du prince était tout sanglant, courut chercher des chirurgiens : la douleur du roi commençait à être si cuisante qu’il fallut l’aider à descendre de cheval, et l’emporter dans sa tente. Les chirurgiens visitèrent sa plaie; ils furent d’avis de lui couper la jambe. La consternation de l’armée était inexprimable. Un chirurgien, nommé Neuman, plus habile et plus hardi que les autres, assura qu’en faisant de profondes incisions, il sauverait la jambe du roi. « Tra- (( vaillez donc tout à l’heure, lui dit le roi, taillez hardi- (( ment, ne craignez rien. » Il tenait lui-même sa jambe avec les deux mains, regardant les incisions qu’on lui faisait, comme si l’opération eût été faite sur un autre

Dans le temps même qu’on lui mettait un appareil, il ordonna un assaut pour le lendemain ; mais à peine avaitil donné cet ordre, qu’on vint lui apprendre que toute

1. c’est-à-dire jour anniversaire, de sa naissance. Les historiens suédois placent ce jour le 17 juin, mais ils suivent i ancien style.

2. Charles XII, pâle, mais calme, comme à l’ordinaire, disait à I.ewenhaupt : « Ce n’est qu’au pied, la balle y a pénétré, je vais l’extraire par une incision, ce sera plaisir à voir. » Il continua à visiter les travaux avant de se faire panser.

3. Si l’on en croit la Motraye, ce fut seulement plus tard, à Bender, que le chirurgien Newman fit cette

opération. Celui-ci, visitant la plaie, la trouva plus dangereuse qu’il ne croyait, et changea de couleur : « Eh bien ! dit le roi, ne savez-vous pas ce que vous avez à faire ? — Je ne balancerais pas avec un soldat, répliqua Newman, mais j’ai besoin de conseil et d’assistance à l’égard de Votre Majesté. » Le roi entra alors dans une violente colère, et s’écria : « Je ne prétends pas que vous ayez plus d’égards pour moi que pour le dernier de mes soldats. Je veux que vous me traitiez de même ; obéissez. •

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l’armée ennemie s’avançait sur lui. Il fallut alors prendre un autre parti, (diaiics, blessé et incapable d’agir, se voyait entre le boryslhène el la rivière qui passe à Pullava dans un pays désert, sans place de sûreté, sans munitions, vis-à-vis une armée qui lui coupait la retraite et les vivres. Dans cette extrémité, il n’assembla point de conseil de guerre, comme tant de relations l’ont débité ; mais, la nuit du 7 au 8 de juillet, il lit venir le feld-maréchal - Uehnskold dans sa tente, et lui ordonna sans délibération, comme sans inquiétude, de tout disposer pour attaquer le czar le lendemain. Uehnskold ne contesta point 3, et sortit pour obéir, A la porte de la lente du roi, il rencontra le comte Piper, avec qui il était fort mal depuis longtemps, comme il arrive souvent entre le ministre et le général. Piper lui demanda s’il n’y avait rien de nouveau : « Non, » dit le général froidement, et il passa outre pour aller donner ses ordres. Dès que le comte Piper fut entré dans la tente : <( Uehnskold ne vous a-t-il )) rien appris ? lui dit le roi. — Uien, répondit Piper. — )) Hé bien I je vous apprends donc, reprit le roi, que de- )) main nous donnons bataille. » Le comte Piper fut effrayé d’une résolution si désespérée ; mais il savait bien qu’on ne faisait jamais changer son maître d’idée ; il ne marqua son étonnement que par son silence, et laissa Charles dormir jusqu’à la pointe du jour.

Ce fut le 8 juillet de l’année 1709 que se donna cette bataille décisive de Pultava, entre les deux plus singuliers monarques qui fussent alors dans le monde : Charles XII, illustre par neuf années de victoires; Pierre Alexiowitz par neuf années de peines, prises pour former des troupes égales aux troupes suédoises; l’un glorieux d’avoir donné des États l’autre d’avoir civilisé les siens; Gharlesaimant les dangers et ne combattant que pour la gloire ; Alexiowitz ne fuyant point le péril, et ne faisant la guerre

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