Devenues. Ne faudrait-il pas étant devenues
HISTOIRE DE CHARLES XH
quelques heures au pied d’un arbre, en danger d’être surpris h tout moment par les vainqueurs qui le cherchaient de tous côtés.
Enfin la nuit du 9 au 10 juillet, il se trouva vis-à-vis le Borysthène. Levenhaupt venaitd’arriver avec les débris de l’armée. Les Suédois revirent, avec une joie mêlée de douleur, leur roi qu’ils croyaient mort. L’ennemi approchait; on n’avait ni pont pour passer le fleuve, ni temps pour en faire, ni poudre pour se défendre, ni provisions pour empêcher de mourir de faim une armée qui n’avait mangé depuis deux jours E Cependant les restes de cette armée étaient des Suédois, et ce roi vaincu était Charles XII. Presque tous les officiers croyaient qu’on attendrait là de pied ferme les Russes, et qu’on périrait ou qu’on vaincrait sur le bord du Borysthène. Charles eût pris sans doute cette résolution, s’il n’eût été accablé de faiblesse. Sa plaie suppurait, il avait la fièvre; et on a remarqué que la plupart des hommes les plus intrépides perdent dans la fièvre de la suppuration cet instinct de valeur qui, comme les autres vertus, demande une tête libre. Charles n’était plus lui-même : c’est ce qu’on m’a assuré et ce qui est le plus vraisemblable. On l’entraîna comme un malade qui ne se connaît plus. Il y avait encore par bonheur une mauvaise calèche qu’on avait amenée à tout hasard jusqu’en cet endroit : on Rembarqua sur un petit bateau; le roi se mit dans un autre avec le général Mazeppa. Celui-ci avait sauvé plusieurs coffres pleins d’argent; mais le courant étant trop rapide et un vent violent commençant à souffler, ce Cosaque jeta plus des trois quarts de ses trésors dans le fleuve pour soulager le bateau. Muller, chancelier du roi, et le comte Poniatowski, homme plus que jamais nécessaire au roi par les ressources que son esprit lui fournissait dans les disgrâces, passèrent dans d’autres barques avec quelques officiers. Trois cents cavaliers et un très- grand nombre de Polonais et de Cosaques, se fiant sur la bonté de leurs
1. On dit plus habituellement avec les deux négations : qui n'avait pas mangé.
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