‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 147 sur 285 · LIVRE QUATIUIÏME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATIUIÏME

chevaux, hasardèrent de passer le fleuve à la nage. Leur troupe, bien serrée, résistait au courant et rompait les vagues; mais tous ceux qui s’écartèrent un peu au-dessous furent emportés et abîmés ^ dans le üeuvc. De tous les fantassins qui risquèrent le passage, aucun n’arriva à l’autre bord

Tandis que les débris de l’armée étaient dans cette extrémité, le prince Menzikoff s’approchait avec dix mille cavaliers, ayant chacun un fantassin en croupe. Les cadavres des Suédois morts, dans le chemin, de leurs blessures, de fatigue et de faim, montraient assez au prince Menzikoff la route qu’avait prise le gros de l’armée fugitive le prince envoya au général suédois un trompette pour luioffrirune capitulation; qualreofficiers généraux furent aussitôt envoyés par Levenhaupt pour recevoir la loi du vainqueur. Avant ce jour, seize mille soldats du roi Charles XII eussent attaqué toutes les forces de l’empire moscovite, et eussent péri jusqu’au dernier plutôt que de se rendre; mais, après une bataille perdue, après avoirfiii pendant deux jours, ne voyant plus leur prince, qui était contraint de fuir lui-même, les forces de chaque soldat étant épuisées, leur courage n’élant plus soutenu par aucune espérance, l’amour de la vie l’emporta sur l’intrépidité ^.11 n’y eut que le colonel Troutfetre, qui, voyant approcher les Moscovites, s’ébranla avec un bataillon suédois pour les charger, espérant entraîner le reste des troupes ; mais Levenhaupt fut obligé d’arrêler ce mouvement inutile. La capitulation fut achevée; cette armée entière fut faite prisonnière de guerre. Quelques soldats, désespérés de tomber entre les mainsdes Moscovites, se précipitèrent

1. Abîmés, c’est-à-dire engloutis, d’après le sens propre du mot entraînés dans les abîmes,

2. Charles, suivant d’autres écrivains, voulut d’abord vivre et mourir avec ses soldats ; mais il se laissa fléchir par les instances de ses généraux, qui le décidèrent à traverser le fleuve. Deux mille hommes environ parvinrent à passer avec lui.

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