‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 15 sur 285 · VI. — APPRÉCIATION DES ŒUVRES HISTORIQUES DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

VI. — APPRÉCIATION DES ŒUVRES HISTORIQUES DE VOLTAIRE

Nous croyons utile de résumer en quelques lignes ce que le plus éloquent critique de notre époque a dit des œuvres historiques de Voltaire en général.

c( Le plus important ouvrage historique du xviii® siècle, celui où sont réunis avec le plus d’éclat les lumières et les préjugés de la nouvelle école qui racontait à son tour le passé, c’est V Essai sur les mœurs et l’esprit des nations. Voltaire l’a retouché, étendu, enhardi, gâté pendant vingt années; il l’avait entrepris et presque achevé dans la force de l’âge et dans la vive ferveur de ses études si diverses; on le sent, presque partout, à la correction précise et à l’élégance animée du style. 11 y jeta quelque chose de tout ce qui le préoccupait à la fois, sciences exactes, philosophie sceptique, littérature... Mais s’il est impartial par moments, capable d’admiration, et même de gravité, témoin les beaux portraits du pape Léon IX et de saint Louis, et le chapitre si élégamment ingénieux sur l’époque de Léon X, dans une partie de cet ouvrage, et surtout dans les additions Ciu’il y faisait, en devenant plus vieux et plus libre, sa vue moqueuse du christianisme altère la vérité de l’histoire, en détruit l’intérêt, et substitue des caricatures au tableau de l’esprit humain.

L’ingénieux, l’éclatant Voltaire n’aime pas le moyen âge... c’est un ennemi dont il lui semble que la société nouvelle n’est pas encore assez débarrassée... et par cela même il se trompe assez souvent, malgré tant de sagacité et même d’exactitude.

Mais Y Essai sur les mœurs ^ en faisant lire ce qui était illisible sous la plume des compilateurs, et ce que le xviii® siècle ne cherchait pas dans les chroniqueurs, créa l’étude de l'histoire moderne.

Le Siècle de Louis XIV est, par l’élégance même de la forme, une image du siècle mémorable dont il offre l’histoire. On y voudrait seulement plus de grandeur et d’unité. L’historien, qui prend assez souvent le ton d’un contemporain, ne voit pas cependant, d’un seul coup d’œil, les faits, les caractères, les mœurs se développer devant lui. Il aime mieux diviser son sujet par groupes distincts de faits homogènes, racontant d’abord et de suite toutes les guerres, puis les anecdotes, puis le gouvernement intérieur, puis les finances,

ŒUVUKS IIISTOUIOUKS DE VOLTAIRE.

puis les aiïaires ecclésiastiques, le jansénisme, les querelles religieuses, etc... Ce qui n’empêclïera pas que l’ouvrage de Voltaire no soit un monument durable du siècle qu’il décrit.

La bonne foi ne lui était pas possible dans ce qu’il a nommé lo Précis du règne de Louis XV; et, dans sa préface de V Histoire de Pierre le Grande il établit ce singulier principe, que les faiblesses des princes ne doivent pas être toujours divulguées, et que l’histoire doit cacher quelque chose...

Plus tard il a composé une fautive et satirique Histoire du Parlement de Paris ; et ses Annales de l’Empire prouvent qu’il était capable même d’un travail aride de dates et d’analyse, sans un trai d’esprit ou de hardiesse, sans une épigramme.

Si nous repassons tant d’ouvrages historiques de Voltaire, puis son infatigable controverse pour les défendre, ses critiques de Mézcrai, de Daniel, du président Hénault, de la Beaumelle et de tant d’autres, nous trouverons que, s’il a souvent altéré l’histoire^ il l’a du moins émancipée ; que, s’il a parfois rapetissé de grands événements, méconnu de grandes vertus, il a fait disparaître beaucoup de fausses traditions et d’erreurs ; que, le premier, sans peindre au vrai le moyen âge, il l’a dégagé de la pompe factice des écrivains modernes, et, en se moquant de ses mœurs barbares, a préparé les esprits à les mieux connaître. Là, comme ailleurs. Voltaire a plus détruit que créé ; mais, par le scepticisme, il a frayé la route à la saine critique, ramené à cette justice uniforme envers le passé, qui sert à le mieux comprendre et à le peindre.

M. ViLLEMAlN.

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