‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 169 sur 285 · RS · texte numérisé non relu

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TEmpire n’en souffrît, et qu’élanl affaibli de ce côté, il n’en fût moins fort contre Louis XIV. Pour prévenir ce danger, l’Empereur, lesprincesd’Allemagne, Anne, reine d’Angleterre, les états généraux des Provinces-Unies , conclurent à la Haie^, sur la fin de l’année 1709, un des plus singuliers traités que jamais on ait signés

11 fut stipulé par ces puissances que la guerre contre les Suédois ne se ferait point en Poméranie, ni dans aucune des provinces de l’Allemagne, et que les ennemis de Charles XII pourraient l’attaquer partout ailleurs. Le roi de Pologneet le czaraccédèrenteux-mômes à ce traité : ils y firent insérer un article aussi extraordinaire que le traité même, ce fut que les douze mille Suédois qui étaient en Poméranie n’en pourraient sortir pour aller défendre leurs autres provinces

Pour assurer l’exécution de ce traité, on proposa d’assembler une armée conservatrice de cette neutralité imaginaire : elle devait camper sur le bord de l’Oder. C’eût été une nouveauté singulière qu’une armée levée pour empêcher une guerre : ceux même qui devaient la soudoyer avaient pour la plupart beaucoup d’intérêt à faire cette guerre, qu’on prétendait écarter : le traité portait qu’elle serait composée des troupes de l’Empereur, du roi de Prusse, de l’électeur de Hanovre, du landgrave de Hesse, de l’évêque de Munster.

11 arriva ce qu’on devait naturellement attendre d’un pareil projet; il ne fut point exécuté : les princes qui devaient fournir leur contingent pour lever celte armée ne donnèrent rien; il n’y eut pas deux régiments formés ; on parla beaucoup de neutralité, personne ne la garda, et tous les princes du Nord, qui avaient des intérêts à démêler avec le roi de Suède, restèrent en pleine liberté de se disputer les dépouilles de ce princeL

1. La Haye, capitale de la république des Provinces-Unies , maintenant du royaume des Pays-Bas.

2. Ce traité de neutralité fut signé le 10 mars 1710, selon Geyer. — Remarquons l’emploi très-fréquent dans Voltaire du mot singulier, qu’il semble avoir affectionné particulièrement.

3. La régence de Suède donna son adhésion à ce traité ; mais Charles XII ne voulut pas le ratifier ; et ce fut alors, dit Voltaire, qu’il écrivit au sénat de Stockholm qu’il enverrait une de scs bottes pour le gouverner.

4. En 1711, les alliés entrèrent en Poméranie, mais sans succès ; toutefois

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Dans ces conjonclures, le czar, après avoir laissé ses troupes en quartier dans la Lithuanie, et avoir ordonné le siège de Uiga, s’en retourna à Moscou étaler à ses peuples un appareil aussi nouveau que tout ce qu’il avait fait jusqu’alors dans ses États : ce fut un triomphe tel à peu près que celui des anciens Romains L II lit son entrée dans Moscou sous sept arcs triomphaux dressés dans les rues, ornées de tout ce que le climat peut fournir, et de ce que le commerce florissant par ses soins y avait pu apporter: un régiment des gardes commençait la marche, suivi des pièces d’artillerie prises sur les Suédois à Lesno et à Pultava ; chacune était traînée par huit chevaux couverts de housses d’écarlate pendantes à terreur ensuite venaient les étendards, les timbales^, les drapeaux gagnés à ces deux batailles, portés par les officiers et les soldats qui les avaient pris; toutes ces dépouilles étaient suivies des plus belles troupes du czar. Après qu’elles eurent défilé, on vit, sur un char fait exprès paraître le brancard de Charles XII trouvé sur le champ de bataille de Pultava, tout brisé de deux coups de canon ; derrière ce brancard marchaient deux à deux tous les prisonniers : on y voyait le comte Piper, premier ministre de Suède, le célèbre maréchal Rehnskôld, le comte de Levenhaupt, les généraux Slipenbach, Stackelberg, Hamilton, tous les officiers et les soldats, qu’on dispersa depuis dans la grande Russie. Le czar paraissait immédiatement après eux, sur le meme cheval qu’il avait monté à la bataille de Pultava^ : à quelques' pas de lui on voyait les généraux qui avaient eu part au succès de cette journée ; un autre régiment des gardes vo-

ies Russes restèrent pour bloquer Stralsund et observer Stettin.

1. Yoltaire, qui, dans son Histoire de Jiussie, recommence la brillante description de ce triomphe, dit en effet qu’à chaque arc de triomphe on trouvait des députés des différents ordres de l’État ; et, au dernier, une troupe choisie de jeunes enfants de boyards, vêtus à la romaine, qui présentaient des lauriers au monarque victorieux.

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