‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 17 sur 285 · On se serait bien donné de garde · texte numérisé non relu

On se serait bien donné de garde

— Voltaire se sert plusieurs fois de cette expression dans le sens de se garder de.

2. Singuliers. — Nous aurons souvent occasion de remarquer l’emploi très fréquent dans Voltaire de cet adject.f, signifiant extraordinaire.

3. Que si est une expression imitée de la langue latine, qui donne à la phrase une forme plus oratoire.

4. Espérer. — Ici et dans plusieurs autres endroits, espérer a le sens de s'attendre à; ce mot a eu jadis la signification de attendre J et il est encore

employé dans plusieurs contrées, principalement sur les bords de la mer , avec cette signification : espérez-moi^ c’est-à-dire attendez-moi.

5. Voltaire avait d’abord mis ces noms dans une note qui se trouvait à la fin du premier volume des premières édidions; plus tard, il inséra cette phrase dans cet endroit, probablement pour répondre plus directement à ses critiques, qui l’accusaient d’avoir écrit un roman,

6. Par exemple, les Campagnes de Charles XII, roi de Suède, par Grimaret ; V Histoire de Suède sous le rè gne de Charles XII, par Limiers^ etc.

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On est obligé d’avertir que plusieurs choses, qui étaient vraies lorsqu’on écrivit cette histoire en 1728, cessent déjà de l’ètre aujourd’hui L Le commerce commence, par exemple, à être moins négligé en Suède. L’infanterie polonaise est mieux disciplinée, et a des habits d’ordonnance qu’elle n’avait pas alors. Il faut toujours, lorsqu’on lit une histoire, songer au temps où l’auteur a écrit. Un homme qui ne lirait que le cardinal de Retz prendrait les Français pour des forcenés qui ne respirent que la guerre civile, la faction et la folie 2. Celui qui ne lirait que l’histoire des belles années de Louis XTV dirait: Les Français sont nés pour obéir, pour vaincre, et pour cultiver les arts. Un autre qui verrait les mémoires des premières années de Louis XV ne remarquerait dans notre nation que de la mollesse, une avidité extrême de s’enrichir, et trop d’indifférence pour tout le reste. Les Espagnols d’aujourd’hui ne sont plus les Espagnols de Charles-Quint, et peuvent l’être dans quelques années. Les Anglais ne ressemblent pas plus aux fanatiques de Cromwell ^ que les moines et les monsignori dont Rome est peuplée ne ressemblent aux Scipions. Je ne sais si les Suédois pourraient avoir tout d’un coup des troupes aussi formidables que celles de Charles XII. On dit d’un homme : Il était brave un tel jour; il faudrait dire, en parlant d’une nation: Elle paraissait telle sous un tel gouvernement, et en telle année.

Si quelque prince et quelque ministre trouvaient dans cet ouvrage des vérités désagréables, qu’ils se souviennent qu’étant hommes publics, ils doivent compte au public de leurs actions ; que c’est à ce prix qu’ils achètent leur grandeur; que l’histoire est un témoin et non un flatteur; et que le seul moyen d’obliger les hommes à dire du bien de nous, c’est d’en faire.

1. Plusieurs éditions mettent après aujourd’hui, en 1739; le discours fut écrit avant cette année, et la phrase est sans date dans les premières éditions.

2. Les Mémoires de Paul de Gondi, cardinal de Retz, si célèbre pendant la Fronde, sont remarquables par le style et très-intéressants , quoiqu’il ne faille pas toujours le croire sur parole; ils furent publiés pour la première fois en

3. Voltaire avait d’abord écrit : les Anglais d’aujourd’hui ne ressemblent

pas plus aux Anglais de Cromioell

Ses critiques, si on peut leur donner ce

nom , l’accusèrent d’avoir voulu dire que les Anglais avaient dégénéré; « on » a été surpris, écrit la Motraye, de vous » voir lâcher ce trait de satire contre » une nation illustre, qui vous a donné » un asile, et vous a comblé de ses bien- » faits. » C’est un exemple de la malveillance dont Voltaire était l’objet; il mit alors : aux fanatiques du temps de Cromwell; cela n’était pas encore suffisant, et l’on trouva que ce changement postiche ne corrigeait pas la malignité de son insinuation. Cependant il était difficile d’être plus clair.

Note.

L'on sait que Charles XII alTectait de ne pas parler le français; cependant il possédait bien cette langue. L’iiistorion suédois, Gj orwell, a publié trois lettres de ce prince, adressées à Stanislas; deux sont antérieures à la bataille de Pultava ; il est persuadé que les Cosaques doivent le soutenir, ce qui le décide à marcher vers rUkraine. La troisième, qui mérite d’être rappelée, est datée du 27 d’aoust 1701), auprès de Bender:

« Sire, ayant appris que la nouvelle de la bataille auprez de » Pultawa et l’incertitude de ma destinée ont causé beaucoup de » peine à Votre Majesté, je n’ai pas voulu manquer à lui faire savoir » que cette perte n’est pas d’une telle conséquence qu’elle ne puisse )) être réparée, et que ma blessure pourra être guérie dans quinze » jours. C’est pourquoi je prie Votre Majesté de ne rien relâcher de » son grand courage, et d’être assurée que je trouverai moyen de me » rendre bientôt auprès d’elle avec un secours considérable. En atten- » dant, je la recommande h la divine protection ; et demeure, de Votre » Majesté, le bon frère, ami et voisin.

c( Carolüs. »

DE CHARLES XK

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