‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 173 sur 285 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

reurs vinrent vôtus de leurs sarraux de toile, ayant à leurs ceintures des pistolets attaches avec des cordes. Steinbock, la tôlede cette armée extraordinaire^, se trouva en présence des Danois à trois lieues d’IIelsinbourg. Il voulut laisser à ses troupes quelques jours de repos, se retrancher, et donner à ses nouveaux soldats le temps de s’accoutumer h l’ennemi ; mais tous ces paysans demandèrent la bataille le même jour qu’ils arrivèrent Des officiers, qui y étaient, m’ont dit les avoir vus alors presque tous écumer de colère ; tant la haine nationale des Suédois contre les Danois est extrême! Steinbock profita de cette disposition des esprits, qui dans un jour de bataille vaut autant que la discipline militaire ; on attaqua les Danois, et c’est là qu’on vit, ce dont il n’y a peutêtre pas deux exemples de plus, des milices toutes nouvelles égaler dans le premier combat l’intrépidité des vieux corps. Deux régiments de ces paysans armés à la hâte taillèrent en pièces le régiment des gardes du roi de Danemark dont il ne resta que dix hommes Les Danois entièrement défaits se retirèrent sous le canon d’Helsinbourg. Le trajet de Suède en Séeland^ estsi court que le roi de Danemark apprit le même jour à Copenhague la défaite de son armée en Suède ; il envoya sa flotte pour embarquer les débris de ses troupes. Les Danois quittèrentla Suède avec précipitation cinq jours après la bataille, mais ne pouvant emmener leurs chevaux, et ne voulant pas les laisser à l’ennemi, ils les tuèrent tous aux environs d’Helsinbourg, et mirent le feu à leurs provisions, brûlant leurs grains et leurs bagages, et laissant dans Helsinbourg quatre mille blessés, dont la plusgrande partie mourut par l’infection de tant de chevaux tués, et par le défaut de provisions, dont leurs compatriotes même

Charles VII, furent appelées compagnies d’ordonnance, créées par ordonnance.

1. C’est-à-dire différente d’aspect et de composition d’une armée ordinaire.

2. Les Danois appelaient par dérision les soldats de Steinbock enfants de paysans, comme, à Valmy, les Prussiens méprisaient les cordonniers et les tailleurs de la Révolution*

3. Magnus Steinbock les avait électrisés, et le carnage fut impitoyable ; 4,000 Danois tués et 3,000 blessés couvrirent le champ de bataille; 3,000 furent faits prisonniers. La perte des Suédois s’éleva à 2,800 hommes, tant morts que blessés.

4. Le passage du Sund a environ trois lieues dans cet endroit.

les privaient, pour empêcher que les Suédois n’en jouissent.

Dans le même temps, les paysans de la Dalécarlie ayant ouï dire dans le fond de leurs forêts que leur roi était prisonnier chez les Turcs, députèrent à la régence de Stockholm, et offrirent d’aller à leurs dépens, au nombre de vingt mille, délivrer leur maître des mains de ses ennemis L Celte proposition, qui marquait plus de courage et d\affection qu’elle n’était utile, fut écoutée avec plaisir, quoique rejetée, et on ne manqua pas d’en instruire le roi, en lui envoyant le détail de la bataille d'Helsinbourg^.

Charles reçut dans son camp, près de Bender, ces nouvelles consolantes au mois de juillet 1710. Peu de temps après, un autre événement le confirma dans ses espérances.

Le grand-vizir Couprougli, qui s’opposait à ses desseins, fut déposé après deux mois de ministère. La petite cour de Charles XII, et ceux qui tenaient encore pour lui en Pologne, publiaient que Charles faisait et défaisait les vizirs, et qu’il gouvernait l’empire turc du fond de sa retraite de Bender : mais il n’avait aucune part à la disgrâce de ce favori ; larigide probité du vizir fut, dit-on, la seule cause de sa chute : son prédécesseur ne payait point les janissaires du trésor impérial^, mais de l’argent qu’il faisait venir par ses extorsions; Couprougli les paya de l’argent du trésor. Achmet lui reprocha^ qu’il préférait l’intérêt des sujets à celui de l’empereur : «Ton prédécesseur Chourlouli, lui dit-il, savait bien trouver d’autres moyens de payer mes troupes. » Le grand-vizir répondit : « S’il avait l’art d’enrichir Ta Hautesse par des rapines, c’est un art que je fais gloire d’ignorer. »

Le secret profond du sérail permet rarement que de pareils discours transpirent dans le public; mais celui-ci

1. c’est ainsi qu’à la nouvelle de la captivité de saint Louis, en Egypte, les paysans s’armèrent, sous le nom de pastoureaux, pour aller délivrer le roi saintement populaire.

2. Cependant malgré cette victoire, dit Geyer, la Suède était dans un état déplorable, surtout par l’absence de son

roi ; l’armée souffrait d’un dénûment presque complet, le pays était épuisé, les soldats retombaient dans le découragement, les paysans dans le désespoir.

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