‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 187 sur 285 · A LA LETTRE. Exactement, sans rien changer · texte numérisé non relu

A LA LETTRE. Exactement, sans rien changer

IIISTOIHE DE CHARLES XII

et qui était en ce lemps-là sous la domination de la Suède ; jamais elle ne connut son père : elle fut baptisée sous le nom de Marthe. Le vicaire de la paroisse Eéleva pac charité jusqu’à quatorze ans: à cet âge elle fut servante à Marienbourg, chez un ministre luthérien de ce pays, nommé Gluk L

En 1702, à l’âge de dix-huit ans, elle épousa un dragon suédois. Le lendemain de ses noces, un parti des troupes de Suède ayant été battu par les Moscovites, ce dragon^ qui avait été à Faction, ne reparut plus, sans que sa femme pût savoir s’il avait été fait prisonnier, cl sans même que depuis ce temps elle en pût jamais rien apprendre.

Quelques jours après, faite prisonnière elle-même par le général Bauer, elle servit chez lui, ensuite chez le maréchal Sheremetoff: celui-ci la donna àMenzikoff, homme qui a connu les plus extrêmes vicissitudes de la fortune, ayant été, de garçon pâtissier, général et prince, ensuite dépouillé de tout, et relégué en Sibérie, où il est mort dans la misère et dans le désespoir.

Ce fut à un souper, chez le prince Menzikoff, que l’empereur la vit et en devint amoureux. Il l’épousa secrètement en 1707, non pas séduit par des artifices de femme," mais parce qu’il lui trouva une fermeté d’âme capable de seconder ses entreprises, et même de les conduire après lui. Il avait déjà répudié depuis longtemps sa première femme Ottokefa^, fille d’un boïard, accusée de s’opposer aux changements qu’il faisait dans ses États. Ce crime était le plus grand aux yeux du czar. Il ne voulait dans sa famille que des personnes qui pensassent comme lui Il crut rencontrer dans cette esclave étrangère les qualités d’un souverain, quoiqu’elle n’eût aucune des vertus de son sexe: il dédaigna, pour elle, les préjugés qui eussent ar-

1. Il y a beaucoup d’incertitude sur j nommait Elisabeth Moritz, et son père, l’origiiie et les premières années de Ca- Jean Rabe.

therine ; suivant les uns, elle serait née 2. La première femme de Pierre se à Germunared, en Suède (1682) ; selon nommait Eudoxie Lapouchin. d’autres, à Derpt, en Livonie (1686 ou 3. Voltaire fait ici allusion à la dis- 1689) ; ses parents auraient été des | grâce, à l’emprisonnement et à la mort paysans fugitifs de Pologne, qui se reti- d’Alexis, son (Us, que le tzar sacrifia à rèrent ensuite à Marienbourg ; sa mère se la conservation de son œuvre.

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rôté un homme ordinaire : il la fit couronner impératrice^ : le môme génie, qui la fil femme de Pierre Alexiowitz, lui donna Tempire après lamortdeson mari. L’Europe a vu avec surprise celte femme, qui ne sut jamais ni lire ni écrire, réparer son éducation et ses faiblesses par son courage, et remplir avec gloire le trône d’un législateur

Lorsqu’elle épousa le czar, elle quitta la religion luthérienne, oùelle était née, pour la moscovite ; on la rebaptisa selon l’usage du rite russien ^ ; et au lieu du nom de Marthe, elle prit le nom de Catherine, sous lequel elle a été connue depuis. Cette femme, étant donc au camp de Prulh, tint un conseil avec les officiers généraux et le vice-chancelier Schaffirof, pendant que le czar était dans sa tente.

On conclut qu’il fallait demander la paix aux Turcs^ et engager le czar à faire cette démarche. Le vice-chancelier écrivit une lettre au grand-vizir, au nom de son maître : la czarine entra avec cette lettre dans la tente du czar malgré la défense; et ayant, après bien des prières, des contestations et des larmes, obtenu qu’il la signât elle rassembla sur-le-champ toutes ses pierreries, tout ce qu’elle avait de plus précieux, tout son argent ; elle en emprunta même des officiers généraux, et ayant composé de cet amas un présent considérable, elle l’envoya à Osman-aga, lieutenant du grand-vizir, avec la lettre signée par l’empereur moscovite. Mehemet Baltagi, conservant d’abord la fierté d’un vizir et d’un vainqueur, répondit ® :

\ . pierre l’avait épousée secrètement j près de Varsovie, en 1711 ; il rendit | public son mariage, le 19 février 1712. i

2. Il n’est nullement probable que | Catherine ne sut jamais ni lire ni écrire ; I elle fut impératrice après la mort de Pierre (1725), et l’on a prétendu, sans preuves positives, que, de concert avec Mentchikof, elle empoisonna le Izar. Elle laissa deux filles, Anne, qui épousa le duc de Holstein-Gottorp, neveu de Charles XII, et Elisabeth, qui devint impératrice.

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