Voltaire, qui se déclare ici et dans
(( Que le czar m’envoie son premier ministre, et je verrai » ce que j’ai à faire. » Le vice-chancelier Schafürof vint aussitôt chargé de quelques présents, qu’il offrit publiquement lui-même au grand-vizir, assez considérables pour lui marquer qu’on avait besoin de lui, mais trop peu pour le corrompre.
La première demande du vizir fut que le czar se rendît avec toute son armée à discrétion. Le vice-chancelier répondit que son maître allait l’attaquer dans un quart d’heure, et que les Moscovites périraient j usqu’au dernier, plutôt que de subir des conditions si infâmes ; Osman ajouta ses remontrances aux paroles de Schaffirof.
Mehemet Baltagi n’était pas guerrier : il voyait que les janissaires avaient été repoussés la veille. Osman lui persuada aisément de ne pas mettre au hasard ^ d’une bataille des avantages certains. Il accorda donc d’abord une suspension d’armes pour six heures, pendant laquelle on conviendrait des conditions du traité
Pendant qu’on parlementait, il arriva un petit accident qui peut faire connaître que les Turcs sont souvent plus jaloux de leur parole que nous ne croyons. Deux gentilshommes italiens, parents de M.Brillo, lieutenant-colonel d’un régiment de grenadiers au service du czar, s’étant écartés pour chercher quelque fourrage, furent pris par des Tartares, qui les emmenèrent à leur camp, et offrirent de les vendre à un officier des janissaires. Le Turc, indigné qu’on osât ainsi violer la trêve, fit arrêter les Tartares, et les conduisit lui-même devant le grand-vizir avec ces deux prisonniers.
Le vizir renvoya ces deux gentilshommes au camp du
l’histoire de Russie contre toute tentative de corruption à l’égard du grandvizir et de ses lieutenants, dit qu’elle rassembla le peu de pierreries qu’elle avait apportées dans ce voyage guerrier, dont toute magnificence et tout luxe étaient bannis ; elle y ajouta deux pelisses de renard noir ; l’argent comptant qu’elle ramassa fut destiné pour le kiaia ou lieutenant du vizir. Or, c’était la coutume immémoriale dans tout l’Orient, de n’aborder les représentants
des souverains qu’avec des présents.