‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 216 sur 285 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

étrier, etlui présente récrit en lui disant : Suedcalldan (( c’est ie roi de Suède qui te le donne. » Le sultan mit la lettre dans son sein, et continua son chemin vers la mosquée. Gependanton s’assure de Yillelongue, et on le conduit en prison dans les bâtiments extérieurs du sérail.

Le sultan, au sortir de la mosquée, après avoir lu la lettre, voulut lui-même interroger le prisonnier. Ce que je raconte ici paraîtra peut-être peu croyable-: mais enfin je n’avance rien que sur la foi des lettres de M. de Villelongue lui-même: quand un si brave officier assure un fait sur son honneur, il mérite quelque créance. Il m’a donc assuré que le sultan quitta l’habit impérial, comme aussi le turban particulier qu’il porte, et se déguisa en officier des janissaires, ce qui lui arrivait assez souvent. Il amena avec lui un vieillard de l’île de Malte, qui lui servitd’interprète. A lafaveur de cedéguisement, Villelongue jouit d’un honneur qu’aucun ambassadeur chrétien n’a jamais eu ^ : R eut tête à tête une conférence d’un quart d’heure avec l’empereur turc. Il ne manqua pas d’expliquer les griefs du roi de Suède, d’accuser les ministres, et de demander vengeance avec d'autant plus de liberté, qu’en parlant au sultan même, il était censé ne parler qu’à son égal. Il avait reconnu aisément le Grand-Seigneur, malgré l’obscurité de la prison, et il n’en fut que plus hardi dans la conversation. Le prétendu officier des janissaires dit à Villelongue ces propres paroles : « Chrétien, » assure-toi que le sultan mon maître a l’âme d'un em- » pereur, et que, si ton roi de Suède a raison, il lui fera )) justice. )) Villelongue fut bientôt élargi : on vit, quelques semaines après, un changementsubit dans le sérail, dont lesSuédoisattribuèrentlacauseà cette unique conférence. Le mufti fut déposé le kan des Tartares exilé à Rhodes,

1. M. de Hammer dit qu’il faudrait écrire : Iswedj Kiraldam, de la part du roi du Suède.

2. Nous avons vu que les sultans, même aux audiences solennelles des ambassadeurs, ne leur adressaient pas la parole. — Voir la note 2 de la page 191.

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