Tergowitz. Charles arriva dans
cette ville, le 4 octobre 1714 ; elle est située en Valachie, à 70 kil. N.-O. de Bukharest, et a été la résidence des hospodars jusqu’en 1698.
4. La Transylvanie est une partie de l’ancienne Dacie, à l’est de la Hongrie ; on la nomme ainsi (au delà des forêts), parce que, par rapport aux Hongrois, elle se trouve au delà des forêts, qui couvrent les Karpathes et le pays à l’est de la Theiss ; elle a été réunie définitivement à la Hongrie en 1699. Elle appartient toujours à l’Autriche,
mSTOlHE DE CHARLES XII.
dans la tristesse. Il pi'it une perruque noire pour se déguiser, car il portait toujours ses cheveux, mit un chapeau bordé d’or avec un habit gris d’épine et un manteau bleu, prit le nom d’un officier allemand, et courut la poste à cheval avec son compagnon de voyage L
Il évita dans sa route, autant qu’il le put, les terres de ses ennemis déclarés et secrets, prit son chemin par la Hongrie, la Moravie, l’Autriche, la Bavière, le Virtemberg, le Palatinat, la Vestphalie et le Mecklenhourg ; ainsi il fit presque le tour de l’Allemagne, et allongea son chemin de la moitié. A la fin de la première journée, après avoir couru sans relâche, le jeune During, qui n’était pas endurci â ces fatigues excessives, comme le roi de Suède, s’évanouit en descendant de cheval. Le roi, qui ne voulait pas s’arrêter un moment sur la route, demanda à During, quand celui-ci fut revenu à lui, combien il avait d’argent. During ayant répondu qu’il avait environ mille écus en or : (( Donne-m’en la moitié, dit le roi; je vois bien que )) tu n’es pas en état de me suivre : j’achèverai la route )) tout seul. )) During le supplia de daigner se reposer du moins trois heures, l’assurant qu’au bout de ce temps il serait en état de remonter à cheval, et de suivre Sa Majesté ; il le conjura de penser à tous les risques qu’il allait courir. Le roi, inexorable, se fit donner les cinq cents écus, et demanda des chevaux. Alors During, effrayé de la résolution du roi, s’avisa d’un stratagème innocent : il tiraà part le maître de la poste, et, lui montrant le roi de Suède ; « Cet homme, lui dit-il, est mon cousin; nous » voyageons ensemble pour la même affaire; il voit que )) je suis malade, et ne veut pas seulement m’attendre trois heures ; donnez lui, je vous prie, le plus méchant^ » cheval de votre écurie; et cherchez-moi quelque chaise )) ou quelque chariot de poste. »
Il mit deux ducats dans la main du maître de la poste, qui satisfit exactement à toutes ses demandes. On donna
1. Ils avaient des passe-ports sous des noms supposés -, le roi était le capitaine Charles Frischj quand il craignait detre reconnu, il vidait, sans hésiter, un
énorme flacon de vin, ce qui devait déjouer tous les soupçons.
2. Méchant. 3lauvais, ne valant rien; ce mot a vieilli dans ce sens,
Liviu: septu’:me. 2:;o
au roi im cheval rélifet boiteux : ce monarque partit seul h dix heures du soir dans cet équipage, au milieu d’une nuit noire, avec le vent, la neige et la pluie. Son compagnon de voyage, après avoir dormi quelques heures, se mit en route dans un chariot traîné par de forts chevaux. A quelques milles, il rencontra, au point du jour, le roi de Suède, qui, ne pouvant plus faire marcher sa monture, s’en allait de son pied ^ gagner la poste prochaine.
Il fut forcé de se mettre sur le chariot de During; il dormit sur de la paille. Ensuite ils continuèrent leur route, courant à cheval le jour, et dormant sur une charrette la nuit, sans s’arrêter en aucun lieu.
Après seize jours de course, non sans danger d’être arrêtés plus d’une fois, ils arrivèrent enfin, le 21 novembre de l’année 1714, aux portes de la ville de Stralsund, à une heure après minuit.
- Le roi cria à la sentinelle qu’il était un courrier dépêché de Turquie par le roi de Suède; qu’il fallait qu’on le fît parler dans le moment au général Düker, gouverneur de la place. La sentinelle répondit qu’il était tard, que le gouverneur était couché, et qu’il fallait attendre le point du jour.
Le roi répliqua qu’il venait pour des affaires importantes, et leur 2 déclara que, s’ils n’allaient pas réveiller le gouverneur sans délai, ils seraient tous punis le lendemain matin. Un sergent alla enfin réveiller le gouverneur. Düker s’imagina que c’était peut-être un des généraux du roi de Suède : on fit ouvrir les portes; on introduisit ce courrier dans sa chambre.
Düker, à moitié endormi, lui demanda des nouvelles du roi de Suède : le roi, le prenant par le bras, « Hé quoi! dit-il, Düker, mes plus fidèles sujets m’ont-ils oublié?» Le général reconnut le roi : il ne pouvait croire ses yeux ; il se jette en bas du lit, embrasse les genoux de son maître en versant des larmes de joie. La nouvelle en fut ré-