On lui fit une garde-robe en hâte
Il aurait mieux valu écrire : On lui fit en hâte une garde-robe de ce qu'on...
2. Le comte Colbert de Croissy, frère de Colbert de Torcy, fut nommé ambassadeur de France auprès de Charles XII, à son arrivée à Stralsund ; il a fourni à Voltaire des détails intéressants sur Fhistoire de ce prince.
3. C’est-à-dire l’Europe centrale et occidentale ; car Charles, en Russie et en Turquie, n’avait pas véritablement quitté l’Europe ; mais les Russes et les Turcs étaient enco^’e considérés comme des peuples plutôt asiatiques qu’euro-
péens, et n’étaient pas encore entrés dans le système politique des États chrétiens.
4. La partie méridionale. Il serait peut-être plus exact de dire la partie occidentale ; mais Voltaire ici, comme dans plusieurs autres endroits, donne ce nom aux États de l’Europe qu’il ne comprend pas parmi les États du Nord.
5. C’est trop vague et peu exact ; les Anglais étaient fatigués du fardeau de la guerre ; ils étaient peu disposés à reconstituer en faveur de Charles YI, successeur de son frère, Joseph la puissance menaçante de la maison d’Au-
LIVRR SEPTIEME. 201
Le comte d’Oxford^, ministre habile, et le lord Bolingbroke^, un des plus brillants génies, et l’iiomme le plus éloquent de son siècle, prévalurent contre le fameux duc de Marlborouiih^ et engagèrent la reine Anne à faire la paix avec Louis XIV. La France, n’ayant plus l’Angleterre pour ennemie, força bientôt les autres puissances à s’accommoder^.
Philippe V, petit-filsde Louis XIV, commençait àrégner paisiblement sur les débris de la monarchie espagnole^ L’empereur d’Allemagne, devenu maître de Naples et de la Flandre, s’affermissait dans ses vastes États. Louis XIV n’aspirait plus qu’à achever en paix sa longue carrière.
Anne, reine d’Angleterre, était morte le 10 auguste 1714, haïe de la moitié de sa nation^, pour avoir donné la paix à tant d’États. Son frère, Jacques Stuart"^,
triche, telle qu’elle était sous Charles- Quint ; Marlborough, dont la gloire et la fortune profitaient surtout de la guerre, avait de nombreux ennemis ; sa femme, l’altière duchesse, commençait à être importune à la faible reine, jusqu’alors si soumise ; enfin les tories, éloignés depuis longtemps, profitèrent de toutes ces dispositions, pour renverser le ministère whig.
1. Robert Harley, comte d’Oxford, né à Londres en 1661, mort en 1724, chef du parti tory, renversa Marlborough et Godolphin en 1710, et négocia la paix, qui fut signée à Utrecht, le 11 avril 1713. Mais, destitué en 1714, accusé de haute trahison, pour avoir conclu la paix, il fut renfermé à la Tour, de 1715 à 1717. Il a formé la riche bibliothèque et la collection de manuscrits qui porte son nom (Harleyenne) au Muséum britannique.
L Bolingbroke (Henri Saint-Jean, vicomte de), né en 1672, chef des tories, triompha avec le comte d’Oxfprd, et signa avec lui la paix d’Utrecht. Également disgracié en 1714, proscrit par le Parlement et dépouillé de ses biens, il se réfugia en France ; il ne put revenir en Angleterre qu’en 1723, fut pendant dix ans le plus grand antagoniste de Walpole, et mourut en 1751.
Il a écrit un grand nombre d’ouvrages politiques, littéraires et philosophiques, et fut, à plus d’un titre, le précurseur de Voltaire, comme libre penseur ; Voltaire a plusieurs fois emprunté son
nom pour soutenir ses idées les plus hardies.
3. Marlborough. — Voir les notes de la page 122. — Le vainqueur d’Hochstett, de Ramillies, de Malplaquet, disgracié en 1712, puis réhabilité en 1714, mourut en 1722.
4. Charles VI signa la paix à Rastadt, le 6 mars 1714, et l’Empire la paix de Bade, le 7 septembre.
5. Philippe V avait perdu Gibraltar et Minorque que gardaient les Anglais ; la Sicile, qui était donnée au duc de Savoie ; Naples, le Milanais, l’île de Sardaigne et les Pays-Bas, dont les Autrichiens s’étaient emparés.
6. L’expression /mïeest exagérée ; les whigs reprochaient à Anne la paix d’ütrecht , et son penchant marqué, nos-seulement pour les tories, mais pour les Jacobites eux-mêmes ; cependant Anne, dont on connaissait la faiblesse, n'excita pas la haine.
7. Jacques Stuart, dit le Chevalier de Saint-Georges, était né le 10 juin 1688, et sa naissance avait contribué à préci pi ter l’expédition de Guillaume d’Orange, qui détrôna Jacques 11. Il fut reconnu, en 1701, par Louis XIV, sous le nom de Jacques III ; en 1715, après la mort de sa sœur Anne, une tentative en sa. faveur échoua j en 1716, il parut lui-même en Écosse sans succès. Sou fils, Charles-Edouard, ne devait pas être plus heureux dans sa chevaleresque expédition de 1745. Jacques 111, qui avait épousé la fille de Sobieski, mou-
prince malheureux, exclu du trône presque en naissant, n’ayant point paru en Angleterre pour tenter de recueillir une succession que de nouvelles lois lui auraient donnée, si son parti eût prévalu, Georges électeur de Hanovre, fut reconnu unanimement roi de laGrande-BretagneL Le trône appartenait à cet électeur, non en vertu du sang, quoiqu’il descendît d’une fille de Jacques, mais en vertu d’un acte du parlement de la nation.
Georges, appelé dans un âge avancé à gouverner un peuple dont il n’entendait point la langue, et chez qui tout lui était étranger, se regardait comme l’électeur de HanO' vre plutôt que comme le roi d’Angleterre. Toute son ambition était d’agrandir ses États d’Allemagne. Il repassait presque tous les ans la mer pour revoir des sujets dont il était adoré. Au reste, il se plaisait plus à vivre en homme qu’en maître. La pompe de la royauté était pour lui un fardeau pesant. Il vivait avec un petit nombre d’anciens courtisans qu’il admettait à sa familiarité ; ce n’était pas le roi de l’Europe qui eût le plus d’éclat; mais il était un des plus sages, et le seul qui connût sur le trône les douceurs de la vie privée et de l’amitié^. Tels étaient les principaux monarques, et telle la situation du midi de l’Europe.
Les changements arrivés dans le Nord étaient d’une autre nature. Ses rois étaient en guerre^, et se réunissaient contre le roi de Suède.
Auguste était depuis longtemps remonté sur le trône de Pologne avec l’aide du czar et du consentement de l’empereur d’Allemagne, d’Anne d’Angleterre et des États généraux, qui, tous garants du traité d’Alt-Rantstadt, quand
rut à Rome en 1766, et son fils à Florence, en 1788.
1. George F-f , de la maison de Brunswick-Hanovre, né à Osnabrück, en 1660, était fils du premier électeur de Hanovre, et de Sophie, petite-fille de Jacques H'. Il fut appelé au trône d’Angleterre, en vertu de l’acte du Parlement de 1701, qui donnait le droit de succéder au trône d’Angleterre aux seuls princes de la ligne protestante.
2. Ceci a besoin d’explication. George, devenu roi en 1714, était d’un caractère
froid et sérieux ; il se montra, sinon l’un des rois les plus sages, au moins l’un des plus habiles négociateurs ; mais il ne fut pas heureux dans sa famille. Il fut obligé de divorcer avec sa femme, Sophie de Zell, qu’il retint trente-deux ans captive dans un château fort ; et il fit subir des mauvais traitements à son fils, qui fut George H. H mourut en 1727.,
3. Étaient en guerre ne signifie pas ici se combattaient, mais faisaient la guerre.
LlVRi: SEPTIKMIÎ.
Charles XTI imposait les lois, se désistèrent^ de leur garantie, quand il ne fut plus à craindre.
Mais Auguste ne jouissait pas d’un pouvoir tranquille. La république de Pologne, en reprenant son roi, reprit bientôt ses craintes du pouvoir arbitraire : elle était en armes pour l’obliger à se conformer aux pacta conventa contrat sacré entre les peuples et les rois, et semblait n’avoir rappelé son maître que pour lui déclarer la guerre. Danslescommencementsdeces troubles, on n’entendit pas prononcer le nom de Stanislas ; son parti semblait anéanti, et on ne se ressouvenait en Pologne du roi de Suède que comme d’un torrent qui avait, pour un temps, changé le cours de toutes choses dans son passage.
Pultava et l’absence de Charles XII, en faisant tomber Stanislas, avaient aussi entraîné la chute du duc de Holstein, neveu de Charles, qui venait d’etre dépouillé de ses États par le roi de Danemark. Le roi de Suède avait aimé tendrement le père : il était pénétré et humilié des malheurs du fils ; de plus, n’ayant rien fait en sa vie que pour la gloire, la chute des souverains qu’il avait faits^ ou rétablis fut pour lui aussi sensible que la perte de tant de provinces.
C’était à qui s’enrichirait de ses pertes. Frédéric-Guillaume A depuis peu roi de Prusse, qui paraissait avoir autant d’inclination à la guerre que son père avait été pacifique, commença par se fiiire livrer Stetin et une paidie de la Poméranie, sur laquelle il avait des droits pour quatre cent mille écus payés au roi de Danemark et au czar
George, électeur de Hanovre, devenu roi d’Angleterre, avait aussi séquestré entre ses mains le duché de Brême et de Verden, que le roi de Danemark lui avait mis en dépôt