‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 239 sur 285 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

tantôt il se présentait à la hauteur de Stockholm. Toute la Suède était en armes sur les côtes, et n’attendait que le moment de cette invasion. Dans un même temps, ses troupes de terre chassaient de poste en poste les Suédois des places qu’ils possédaient encore dans la Finlande, vers le golfe de Bothnie; mais le czar ne poussa pas plus loin ses entreprises.

A Tembouchure de l’Oder, fleuve qui partage en deux la Poméranie et qui, après avoir coulé sous Stetin 2, tombe dans la mer Baltique, est la petite île d’Usedom ^ : cette place est très-importante par sa situation, qui commande roder, à droite et à gauche; celui qui en est le maître l’est aussi de la navigation du fleuve Le roi de Prusse avait délogé les Suédois de cette île, et s’en était saisi, aussi bien que de Stetin, qu’il gardait en séquestre, le tout^ disait-il, 'pour Va'mour de la paix. Les Suédois avaient repris l’île d’Usedom au mois de mai 1715. Ils y avaient deux forts : l’un était le fort de la Suine, sur la branche de l’Oder qui porte ce nom; l’autre, de plus de conséquence^, était Pennamonder, sur l’autre coursde la rivière Le roi de Suède n’avait, pour garder ces deux forts et toute l’île, que deux cent cinquante soldats poméraniens, commandés par un vieil officier suédois,

1. La Poméranie fPomarski, près de la mer, en slave) s^étend le long de la mer Baltique, des deux côtés de l’Oder ; occupée d’abord par les VV’endes ou Vénèdes, elle forma, au xi® siècle, le royaume éphémère de Slavonie, puis devint un duché, divisé en Poméranie antérieure ou citérieure, à l’ouest de l’Oder, et Poméranie ultérieure à l’est. Les traités de 1648 donnèrent l’ultérieure à la Prusse ; et à la Suède la citérieure, plus Stettin, Dam, Golnau, Wollin et les deux rives de l’Oder. Le tout fut cédé, en 1814, au Danemark, en échange de la Norvège ; puis, en 1815, à la Prusse, qui céda aux Danois le duché de Lauenbourg. La capitale de la Poméranie suédoise était Stralsund.

2. Stettin, sur la gauche de l’Oder, dans la Poméranie citérieure, bien fortifiée, port très-colnmerçant, avec une industrie très-active. Jadis ville hanséa-

tique, maintenant capitale de cette province prussienne, elle fut prise par les Français en 1806, et rendue seulement en 1813. 43,000 hab.

3. L’Oder tombe dans la grande masse d’eau douce, appelée Haff (Kleine-Haff, à l’O. ; Gross-Haff’, à l’E.) ; entre le Haff et la mer se trouvent les deux îles d’Usedom, à ro., et de Wollin, à l’E. ; les trois embouchures de l’Oder sont : la Peene, à l’O., la Swine, au centre, la Dievenow, à l’E.

4. L’île d’Usedom a 290 kil. carrés et 12,000 hab., et pour villes Swienemunde et Usedom.

5. De plus de conséquence. Si conséquent n’est pas français dans le sens de considérable, de conséquence est très-bien employé, comme ici, comme plus loin, cette île était d’une conséquence extrême,

6. Sur l’autre cours, c’est-à-dire sur l’autre embouchure, la Peene.

HISTOIRE DE CHARLES XH

nommé Kuse-Slerp, dont le nom mérite d’ôtre conservé., Le roi de Prusse envoie, le 4 auguste (août), quinze cents hommes de pied et huit cents dragons pour débarquer dans l’île: ils arrivent et mettent pied à terre, sans opposition, du côté du fort de la Suine. Le commandant suédois leur abandonna ce fort comme le moins important ; et, ne pouvant partager le peu qu’il avait de monde, il se retira dans le château de Pennamonder avec sa petite troupe, résolu de se défendre jusqu’àladernière extrémité.

Il fallut donc l’assiéger dans les formes. On embarque pour cet effet de Tartillerie à Stetin; on renforce les troupes prussiennes de mille fantassins et de quatre cents cavaliers. Le 18 auguste (août), on ouvre la tranchée en deux endroits, et la place est vivement battue par le canon et par les mortiers L Pendant le siège, un soldat suédois, chargé en secret d’une lettre de Charles Xll, trouva le moyen d’aborder dans Pile, et de s’introduire dans Pennamonder : il rendit ^ la lettre au commandant; elle était conçue en ces termes : « Ne faites aucun feu ^ que )) quand les ennemis seront au bord du fossé; défendez- » vous jusqu’à la dernière goutte de votre sang : je vous )) recommande à votre bonne fortune. Charles. »

Slerp, ayant lu ce billet, résolut d’obéir et de mourir, comme il lui était ordonné, pour le service de son maître. Le 22, au point du jour, les ennemis donnèrent l’assaut : les assiégés, n’ayant tiré que quand ils virent les assiégeants au bord du fossé, en tuèrent un grand nombre : mais le fossé était comblé,la brèche large, le nombre des assiégeants trop supérieur. On entra dans le château par deux endroits à la fois. Le commandant ne songea alors qu’à vendre chèrement sa vie, et à obéir à la lettre. Il abandonne les brèches par où les ennemis entraient; il retranche près d’un bastion ^ sa petite troupe, qui a l’aii-

1. Les mortiers. Ce sont des bouches à feu, faites à peu près comme des mortiers à piler, et dont on se sert pour iancer des bombes.

2. C’est l’expression latine reddere, dans le sens de remettre.

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