Les agitations de la mer sont par
fois si considérables en cet endroit qu’il ne faut que quelques heures pour renverser les digues les plus solides.
3. Il y a ici une ellipse ; c’est pour passer à gué la partie de la mer qui baignait ccttc muraille.
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rent résister : le poste fut enlevé après un grand carnage. Quelques Suédois s’enfuirent vers la ville; les assiégeants les y poursuivirent : ils entraient pcle-mêle avec les fuyards : deux officiers et quatre soldats saxons étaient déjà surle pont-levis maison eut le temps de le lever : ils furent pris, et la ville fut sauvée pour cette fois.
On 2 trouva dans ces retranchements vingt- quatre canons,querontournacontreStralsimd. f.esiégefut poussé avec l’opiniâtreté et la confiance que devait donner ce premier succès. On canonnaeton bombarda la ville presque sans relâche.
Yis-à-vis Stralsund, dans la mer Baltique, est l’ile de Rugen quisertderempartàcetteplace, etoù la garnison et les bourgeois auraient pu se retirer, s’ils avaient eu des barques pour les transporter. Cette île était d’une conséquence extrême pour Charles : il voyait bien que, si les ennemis en étaient les maîtres, il se trouverait assiégé par terre et par mer; et que, selon toutes les apparences, il serait réduit, ou à s’ensevelir sous les ruines de Stralsund, ou à se voir prisonnier de ces mêmes ennemis qu’il avait si longtemps méprisés, etauxquels il avait imposé des lois si dures. Cependant le malheureux état de ses affaires ne lui avait pas permis de mettre dans Rugen une garnison suffisante ; il n’y avait pas plus de deux mille hommes de troupes.
Ses ennemis faisaient, depuis trois mois, toutes les dispositions nécessaires pour descendre dans cette île, dont l’abord est très-difficile ^ ; enfin, ayant fait construire des barques, leprinced’Anhalt^, àl’aided’un temps favorable,
1. Sorte de petit pont qui se lève et qui s’abaisse sur un fossé.
2. Voltaire emploie bien souvent le pronom indéfini on ; il faut éviter qu’il V ait obscurité, amphibologie, comme
3. L’île de Rugen, séparée de la côte i par un canal étroit, est longue de 4o kil., du S. au N., et sa plus grande largeur de l’E. à l’O. est de 35 à 40 kil. ; elle a 935 kil. carrés et 34,000 hab. C’est le berceau des Rugiens et le siège principal du culte germanique d’Herta ; possédée par les Danois au xii'‘ siècle.
par les ducs de Poméranie au xiv*, elle fut donnée à la Suède en 1648 ; prise par les Français en 1807, elle appartient à la Prusse depuis 1814.
4. Les côtes de Rugen sont très-découpées, mais elle n’a pas de bons
I ports ; ses golfes étroits sont remplis de bas-fonds et de bancs de sable qui changent souvent de place.
5. La maison d’Anhalt est très-ancienne et a donné beaucoup de personnages illustres, entre autres l’impératrice de Russie, Catherine 11 ; — Léopold, prince d’A nhalt-Dessau (1676-
débarqua dans Riigen, le 15 novembre, avec douze mille hommes. Le roi, présent partout, était dans celte île; il avait joint ses deux mille soldats, qui étaient retranchés prèsd’unpelitport, à trois lieues de Tendroit oùTennemi avait abordé ; il se met à leur tête, et marche au milieu de lanuit dans un silence profond. Le prince d’Anhalt avait déjà retranché ses troupes, par une précaution qui semblait inutile. Les officiers qui commandaient sous lui ne s’attendaient^ pas d’êtreattaquésla nuit même, etcroyaient Charles XII à Stralsund; mais le prince d’Anhalt, qui savait de quoi Charles était capable, avait fait creuser un fossé profond, bordé de chevauxde frise^, et prenait toutes ses sûretés, comme s’il eût eu une armée supérieure en nombre à combattre.
A deux heures du matin, Charles arrive aux ennemis sans faire le moindre bruit. Ses soldats se disaient les uns aux autres : Arrachez les chevaux de frise. Ces paroles furententenduesdessentinelles: l’alarme estdonnée aussitôt dans le camp; les ennemis se mettent sous les armes. Le roi, ayant ôté les chevaux de frise, vit devant lui un large fossé : « AhI dit-il, est-il possible? je ne m’y attendais )) pas. )) Cette surprise ne le découragea point : il ne savait pas combien de troupes étaient débarquées : ses ennemis ignoraient, de leur côté, à quel petit nombre ils avaient affaire. L’obscurité de la nuit semblait favorable à Charles : il prend son parti sur-le-champ : il se jette dans le fossé, accompagné des plus hardis, et suivi en un instant de tout le reste ; les chevaux de frise arrachés-^ la terre éboulée, les troncs et les branches d’arbre qu’on put trouver, les soldats tués parles coups de mousquet tirés au hasard, servirent de fascines Le roi, les généraux qu’il avait avec lui, les officiers et les soldats les plus intrépides, montent
1747), avait pris une part importante à la guerre de la succession d’Espagne; il a créé la célèbre infanterie prussienne, qu’il conduisit quarante ans ; nommé feld-maréchal de Prusse, il était connu sous le nom de vieux Dessau,
1. S’attendre est ordinairement suivi de la préposition à : il faut s’attendre à
exciter l’envie quand on a du succès.
(Académie.) Mais l’on trouve dans Racine : « Mes transports aujourd’hui s’attendaient d’éclater, x (Britannicus, acte 111, scène i.)