En arrêtant prisonnier, — Voir la note 4 de la page
HISTOIRE DE CHARLES XH
dernier Le roi de Suède était alors dans la province de Scanie; on lui apporta ces lettres imprimées, avec la nouvelle de Tenlèvement de ses deux ministres. H demanda en souriant si on n’avait pas aussi imprimé les siennes. Il ordonna aussitôt qu’on arrêtât à Stockholm le résident anglais avec toute sa famille et ses domestiques ; il défendit sa cour au résident hollandais, qu’il fit garder h vue. Cependant il n’avoua ni ne désavoua le baron de Gôrtz^ : trop fier pour nier une entreprise qu’il avait approuvée, ettrop sage pour convenir d’un dessein éventé presque dans sa naissance, il se tint dans un silence dédaigneux avec l’Angleterre et la Hollande Le czar prit tout un autre parti Gomme il n’était point nommé, mais obscurément impliqué dans leslettres de Gyllenborg et de Gôrtz, il écrivit au roi d’Angleterre une longue lettre pleine de compliments sur la conspiration, et d’assurances d’une amitié sincère; le roi George reçut ses protestations sans les croire, et feignit de se laisser tromper. Une conspiration tramée par des particuliers, quand elle est découverte, est anéantie : mais une conspiration de rois n’en prend que de nouvelles forces. Le czar arriva à Paris au mois de mai delà même année 1717^. Il ne s’y occupa pas uniquement à voir les beautés de l’art et de la nature, à visiter les académies, les bibliothèques publiques, les cabinets des curieux, les maisons royales : il proposa au duc d’Orléans, régent de France, un traité dont l’acceptation eût pu mettre le comble à la grandeur moscovite Son dessein était de se réunir avec
1 .Ces lettres, dit Lémontey,sont au nombre de trente-quatre, depuis le commencement de septembre 1716 jusqu à la fm de février suivant. La misère, la fraude et la sottise y tiennent la plume tour à tour.
2. Saint-Simon, comme Voltaire luimême (Histoire de Russie), dit que le roi de Suède désavoua ses ministres, et déclara qu’ils avaient agi sans sa participation. Il adressa ce désaveu au landgrave de Hesse et au régent, et même, par l’intermédiaire de ce dernier, au roi d’Angleterre ; Lémontey cite même les propres termes de ce désaveu.
3. « Il faut que Nordberg, dit Voltaire (Histoire de Russie), soit bien mal
informé, ou bien aveuglé, ou bien gêné, pour essayer de faire entendre que Charles XII n’était pas entré très-avant dans le complot. » Cependant la plupart des contemporains croient, comme Nordberg, que le roi était étranger aux intrigues de Gôrtz ; assurément il ne les connaissait pas toutes.