Voltaire pensait sans doute aux CHARLES XII
billets de la banque et aux actions de la compagnie de Law j il avait vu, pendant la régence, la machine ou le système se détruire également avec une confusion accompagnée des plus grands malheurs.
5. Gurtz, dit Geyer, voulait, par une circulation abondante, mettre le peuple à même de payer les impôts ; mais, au moment où son système commençait à produire de bons résultats, il quitta la direction des finances pour se charger des négociations extérieures. Alors le roi employa ces pièces de monnaie, comme si elles eussent été véritablement d’argent. En trois ans, Charles en émit pour 36 millions, dont 18 étaient en circulation. Ce fut à cette époque que Gôrtz revint et trouva les finances plus délabrées que jamais.
excessif, il fut forcé d’augmenter lenombre des espèces de cuivre. Plus elles se multiplièrent, plus elles furent décréditées ; la Suède, inondée de cette fausse monnaie, neforma qu’un cri contre le baron de GôrlzL Les peuples, toujours pleins de vénération pour Charles XII, n’osaient presque le haïr, et faisaient tomber le poids de leur aversion sur un ministre qui, comme étranger et comme gouvernant les finances, était doublement assuré de la haine publique.
Un impôt, qu’il voulut mettre sur le clergé, acheva de le rendre exécrable à la nation: les prêtres, qui trop souvent joignent leur cause à celle de Dieu, l’appelèrent publiquement athée, parce qu’il leur demandait de l’argent. Les nouvelles espèces de cuivre avaient l’empreinte de quelques dieux de l’antiquité ^ ; on en prit occasion d’appeler ces pièces de monnaie les dieux du baron de Gôrtz
A la haine publique contre lui se joignit la jalousie des ministres, implacable à mesure qu’elle était alors impuissante. La sœur du roi, et le prince son mari, le craignaient comme un homme attaché par sa naissance au duc deHolstein, et capable de lui remettre un jour la couronne de Suède sur la tête Il n’avait plu dans le royaume qu’à Charles XII ; mais cette aversion générale ne servait qu’à confirmer l’amitié du roi, dont les sentiments s’affermissaient toujours par les contradictions. Il marqua alors au baron une confiance qui allait jusqu’à la soumission : il lui laissa un pouvoir absolu dans le gouvernement inté-
1. Gortz excita surtout la haine par les mesures fmancières auxquelles il recourut depuis son retour. Il voulut abolir l’ancienne monnaie en l’échangeant contre de l’argent à titre inférieur ; toutes les monnaies d’or ou d’argent, qu’on ne changeait pas avec le gouvernement contre cette nouvelle monnaie, étaient confisquées ; le royaume était traité comme une place assiégée. Cette violation du droit de propriété souleva l’opinion publique contre Gôrtz.
2. Pour éviter la contrefaçon, on changeait à chaque instant l’empreinte des nouvelles monnaies, et l’on veilla soigneusement à ce qu’on n’en intro-
duisît point dans les ports. Les premières qui parurent portaient une couronne, d’où elles tirèrent leur nom ; puis on en fabriqua de huit ou dix espèces différentes, avec les figures de Saturne, de Jupiter, de Mars, de Phœbus, de Mercure, de l’Espérance.
3. Lorsque Gôrtz fut arrêté, une bonne femme qui les avait entendu appeler ainsi, lui cria : « Notre Dieu t’a mis entre nos » mains ; vois si les tiens, que tu nous as » donnés pour monnaie, t’en délivre- » ront. »
4. Remettre, c’est-à-dire de lui faire donner la couronne, après la mort de Charles Xll, son oncle*