‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 32 sur 285 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

étaient disputé la possession . La Suède l’avait enlevée depuis près de cent années, et elle lui avait été enfin cédée solennellement par la paix d’Oliva.

Le feu roi Charles XI, dans ses sévérités ^ pour ses sujets, n’avait pas épargné les Livoniens. Il les avait dépouillés de leurs privilèges et d’une partie de leurs patrimoines. Palkul malheureusement célèbre depuis par sa mort tragique, fut député de la noblesse livonienne pour porter au trône les plaintes de la province. 11 fit à son maître une harangue respectueuse, mais forte et pleine de cette éloquence mâle que donne la calamité ^ quand elle est jointe à la hardiesse. Mais les rois ne regardent trop souvent ces harangues publiques que comme des cérémonies vaines qu’il est d’usage de souffrir, sans y faire attention. Toutefois Charles XI, dissimulé quand il ne se livrait pas aux emportements de sa colère, frappa doucement sur l’épaule de Patkul : « Vous avez parlé pour votre patrie en brave homme, lui dit-il, je vous en estime; continuez. » Mais peu de jours après il le fit déclarer coupable de lèsemajesté, et, comme tel, condamner à la mort. Patkul, qui s’était caché, prit la fuite. Il porta dans la Pologne ses ressentiments. Il fut admis depuis devant le roi Auguste. Charles XI était mort; mais la sentence de Patkul et son indignation subsistaient. Il représenta au monarque polonais la facilité de la conquête de la Livonie; des peuples désespérés prêts à secouer le joug de la Suède ; un roi enfant, incapable de se défendre. Ces sollicitations furent bien reçues d’un prince déjà tenté de ^ cette conquête. Au-

mais tomba en décadence au xv® siècle.

Le grand maître, Albert de Brandebourg, se fit luthérien et sécularisa la Prusse orientale en 1525. L’ordre n’eut plus alors que des domaines épars en Allemagne, en Hongrie, en Italie ; il fut définitivement supprimé par un décret de Napoléon (24 avril 1809). — On le nommait teutonique^ parce qu’il était primitivement composé d’Allemands ou Teutons.

1. Ses sévérités. Ce mot se met plus ordinairement au singulier ; Voltaire et les écrivains du xvii® siècle emploient souvent des pluriels de ce genre.

2. Patkul (Jean Reginhold), né en 1660, servit comme capitaine dans l’armée suédoise ; en 1689, il adressa, au nom de ses concitoyens, des plaintes énergiques au gouverneur de Riga; il fut alors mandé à Stockholm (1692) et ne se montra pas moins hardi en présence du roi.

3. Calamité. Ce mot s’emploie rarement, comme ici, dans un sens général, pour signifier le malheur.

Page 1