M. NORDBERG; CERTIFICAT DU ROI STANISLAS
V Histoire de Charles XII, malgré les difficultés de la publication, eut le plus grand succès en France et à l’étranger. Tout le monde s’accorda à reconnaître et même à louer la clarté, la vivacité, le charme du style, l’entrain de la narration, l’esprit des détails, mais les critiques ne manquèrent pas à l’historien.
Sans parler des faiseurs d’épigrammes, qui disaient que le héro^ paraissait aussi fou que Vécrivain l’était; des misérables pamphlétaires, qui répétaient, sans le croire, que le Charles XII passerait toujours pour l’ouvrage d'un ignorant et d’un étourdi ; beaucoup pensèrent que Voltaire, si facile, si spirituel, si entraînant, avait écrit légèrement, sans se préoccuper outre mesure de la vérité des faits qu’il racontait. « On accusa cette histoire, dit Condorcet, de n’être qu’un roman, parce qu’elle en avait tout l’intérêt. Si peutêtre jamais aucun homme n’excita autant d’enthousiasme, jamais
1. Lettre à M. de Cideville, 30 janvier I 2. Lettre à M. de Formont, 8 septem-
1731. I bre 1731.
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INTRODUCTION
peut-être personne ne fut traité avec moins d’indulgence que Voltaire »
Cependant il n’avait écrit que sur des mémoires originaux fournis par les témoins mêmes des événements ; il s’était entouré de tous les documents, de tous les renseignements qui pouvaient lui faire connaître la vérité ; il s’était adressé avec une infatigable persévérance à tous ceux qui avaient vécu avec Charles XII, ou qui pouvaient l’instruire sur les différents incidents de cette histoire. c( Jamais l’histoire, pensait-il, n’eut plus besoin de preuves authentiques que dans nos jours, où Ton trafique si insolemment du mensonge 2. »
11 n’a pas cité, à la fin de ses pages, les livres, les mémoires, les notes, les documents de toute nature qu’il a consultés ; il nous a cependant fait connaître quelques-uns des matériaux qui lui ont servi à la composition de son histoire : « L’histoire, que M. de Voltaire a écrite douze ans après la mort de Charles XII, est faite sur les Mémoires de M. Fabrice, favori de ce roi, sur les rapports de M. de Groissy, ambassadeur de France, sur les lettres de M. de Fierville, envoyé secret de France à Bender, même sur des lettres de M. de Poniatowski, sur celles de M. de Villelongue, qui a passé tant d’années auprès de ce monarque, sans compter plusieurs autres personnes dont on est obligé de taire les noms 3, On n’a pas avancé un seul fait sur lequel on n’ait consulté des témoins oculaires et irréprochables. » Il ajoute dans sa préface à Tédition de 1748 : a Je peux assurer que si jamais histoire a mérité la créance du lecteur, c’est celle-ci. Je la composai d’abord, comme on sait, sur les Mémoires de M. Fabrice, de MM. de Villelongue et de Fierville, et sur le rapport de beaucoup de témoins oculaires ; mais comme les témoins ne voient pas tout, et qu’ils voient quelquefois mal, je tombai dans plus d’une erreur, non sur les faits essentiels, mais sur quelques anecdotes qui sont assez indifférentes en elles-mêmes, et sur lesquelles les petits critiques triomphent »
Voltaire, sa vaste correspondance le prouve, cherchait la vérité avec ardeur, consultait les actes officiels, les relations les plus dignes de foi, les notes, etc. Il adressait lui-même à beaucoup de personnes des séries de questions, en les priant de lui répondre avec franchise ; et, au milieu de toutes ces pièces, il s’efforçait, avec la sagacité de son esprit, de démêler le vrai ; « Je ne suis qu’un peintre, disait-il, qui cherche à représenter d’un pinceau faible, mais vrai, les hommes tels qu’ils ont été. Tout m’est indifférent de Charles XII et de Pierre le Grand, excepté le bien que le dernier a pu faire aux hommes. Je n’ai aucun sujet de les flatter ni d’en médire. Je les