Le Tanais ou Don. Voir la note 2, p
5. Arkhangel (la ville de l’archange saint Michel) est sur la Dwina, à 60 kil. de la vner Blanche ; ses maisons sont en bois. Les Anglais arrivèrent par mer dans CCS parages, en 1553 ; la ville fut bâtie en 15S4 ; c’est encore l’entrepôt des marchandises qui passent en Sibérie ; 30,000 hab,
6. Le magasin. — On dirait aujourd’hui, dans le même sens, Ventrepot.
7. Dès 1701, un officier cosaque alla, par ses ordres, jusqu’au Kamtchatka ; plus tard, il y eut d’autres tentatives de découvertes; enfin, en 1725, il envoya le capitaine danois Behring, pour découvrir un passage jusqu’en Amérique ; il ne devait réussir qu’en 1741, en traversant le détroit qui porte son nom entre l’Asie et l’Amérique.
8. Le verste est de 750 pas, dit Voltaire, ou de 1,067 mètres. Depuis 1851, un chemin de fer de 750 kilom. conduit de Saint-Pétersbourg à Moscou.
9. Saint-Pétersbüui g qu’il fonda en 1704. Voir la note 2, p. 32.
10. Par ses mains, c’est-à-dire par ses ordres, sous son règne; les deux impé-
IIISTOIKE DE CHARLES XII
encore été au delà de ses vues, quand elles étaient praticables, et n’ont abandonné que Eimpossible.
llavoyagé toujours dans ses Étals, autant que ses guerres Dont pu permettre ; mais il a voyagé en législateur et en physicien, examinant partout la nature, cherchant àla corriger ou à la perfectionner, sondant lui-même les profondeurs des fleuves et des mers, ordonnant des écluses, visitant des chantiers, faisant fouiller des mines, éprouvant les métaux, faisant lever des cartes exactes, et y travaillant de sa main
Il a bâti dans un lieu sauvage la ville impériale dePétersbourg qui contient aujourd'hui soixante mille maisons, où s’est formée de nos jours une cour brillante, et où enfin on connaît les plaisirs délicats. Il a bâti le port de Cronstadt^ surlaNéva, Sainte-Croix sur les frontières de la Perse, des forts dans EUkraine, danslaSibérie; des amirautés à Archangel,àPétersbourg, à Astracan,à Azof; des arsenaux, des hôpitaux. 11 faisait toutes ses maisons petites et de mauvais goût; mais il prodiguait pour les maisons publiques la magnificence et la grandeur.
Les sciences, qui ont été ailleurs le fruif tardif de tant de siècles, sont venues par ses soins dans ses Étals toutes
ratrices sont Anne Irano^^-na, sa nièce (1730-1740), et Élisabeth Petrowna, sa fille (1741-1762).
1. Pierre, dit Voltaire [Histoire de Russie), était mécanicien, artiste, géomètre. Il alla (lors de son voyage en France) à l’Académie des sciences, qui se para pour lui de ce qu’elle avait de plus rare; mais il n’y eut rien d'aussi rare que lui-même : il corrigea de sa main plusieurs fautes de géographie dans les cartes qu’on avait de ses États, et surtout dans celle de la mer Caspienne.
.Enfin, il daigna être un des membres de cette Académie, et entretint depuis une correspondance suivie d’e.vpériences et de découvertes avec ceux dont il voulait bien être le simple confrère.
2. Le pays (1 ancienne Ingrie) est une contrée basse, couverte de bois et de marais, d’un sol ingrat, froid et humide ; il y a chaque année environ cent soixante jours de gelée, et quelquefois l’hiver y dure sept mois. C’est au milieu de ces marais glacés ians des îles souvent
[ inondées par la Xéva, sous un climat dur et peu salubre, que Pierre fonda la ville de Peterburg, ou d'après l’orthographe allemande Pétersbourg. Il fallut élever les maisons sur des pilotis très-coûteux, I et un grand nombre de travailleurs pé ; rirent dans ces marécages. Saint-Pé- I tersbourg ne devait être d’abord qu'un port militaire, ou, suivant l’expression de Pierre lui-même, qu’une fenêtre ouverte sur l 'Europe ; plus tard, vers la fin de son règne, il y transporta le siège du gouvernement, malgré la répugnance des grands seigneurs russes qui préféraient Moscou. L’impératrice Anne y fixa sa résidence, et depuis, la ville n’a fait que s’accroître et s’embellir sous ses successeurs.
3. Croxstadt , place fortifiée dans une île, à l’embouchure de la Néva ; elle a trois ports et une rade où les gros bâtiments s’arrêtent ; la forteresse avec le petit fort de Cronslot défend l’entrée du golfe et les approches de la capitale qui est à 27 kilom.; 40,0)0 hab*
LIVUL: l’ULMlEU.
perfectionnées. Il a créé une académie ^ sur le modèle des sociétés fameuses de Paris et de Londres : les Delislc les Bulfinger les Hermann les Bernouilli le célèbre Wolf®, homme excellent en tout genre de philosophie, ont été appelés à grands frais à Pétersbourg. Cette académie subsiste encore'^, et il se forme enfin des philosophes moscovites
Il a forcé la jeune noblesse de ses États à voyager, h s’instruire, à rapporter en Russie la politesse étrangère J’ai vu de jeunes Russes pleins d’esprit et de connaissances C’est ainsi qu’un seul homme a changé le plus grand empire du monde. Il est affreux qu’il ait manqué à ce réformateur des hommes la principale vertu, l’humanité. De la brutalité dans ses plaisirs, de la férocité dans ses mœurs, de la barbarie dans ses vengeances, se mêlaient à tant de vertus. Il poliçait ses peuples, et il était sauvage. Il a, de ses propres mains, été l’exécuteur
1. L’Académie des sciences, dont Voltaire parle ici, fut fondée par Colbert, en 1666 ; elle publie depuis 1699 des mémoires importants. La Société royale de Londres, fondée à Oxford en 1645, et transférée à Londres en 1660, publie aussi de savants mémoires sous le titre de Philosophical transactions,
2. Delisle (Guillaume) , né à Paris en 1675, mort en 1726 , a réformé la
éographie d’après les voyageurs moernes et les observations des astronomes.
3. BuLFI^GER (1693-1750), théologien et naturaliste allemand.
4. Hekmann (Jacques), mathématicien allemand, né à Bâle en 1678, mort en 1733, élève des Bernouilli.
5. Beuxouilli, famille suisse, qui a produit plusieurs savants distingués, au XVII® et au xviii® siècle. Voltaire veut ici parler de Jean Bernouilli ( 1667- 1748), profond géomètre, qui fut membre associé des Académies de Paris, de Londres, de Berlin et de Saint-Pétersbourg ; son fils aîné, Nicolas (1695-1725), enseigna les mathématiques à Saint- Pétersbourg, avec son frère Daniel (1700-1782), professeur de botanique, de physique, d’anatomie et de mathématiques, rival d’Euler, et très-souvent couronné par l’Académie des sciences de Paris ; il est le créateur de l’hydrodynamique.
6. WoLFF (Chrétien), né à Breslau en 1679, fils d’un brasseur, élève de Descartes et de Leibnitz, a voulu donner à l’Allemagne une philosophie nationale ; son Corpus phüosophiæ comprend 24 vol. in-4®; il mourut à Halle, en 1754.
7. Les bases de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg furent posées par Pierre en 1724 ; elle a été définitivement établie en 1725 par Catherine H®, et publie depuis 1728 des mémoires pour la plupart en latin et en français.
8. Philosophes, comme dans plusieurs autres endroits philosophie , dans le sens de savants, science,
9. Le mot politesse est pris ici dans le sens de civilisation , comme , plus loin, il poliçait signifie il civilisait,
10. Les Russes n’obéirent qu’avec la plus extrême répugnance à l’ordre que le tzar leur donna de voyager. On en cite un exemple singulier ; un grand seigneur fut forcé d’aller à Venise, il y séjourna quatre ans et n’y visita personne. De retour dans sa patrie, il se fit gloire de n’avoir rien vu ni rien appris pendant son absence.
11. Le plus gravd empire du monde, c’est-à-dire le plus vaste. De nos jours, la superficie de cet empire est de 22,028,358 kilom. carrés ; c’est la neuvième partie de la surface terrestre.
HISTOIRE DE CHARLES Xll.
de ses sentences sur des criminels ; et, dans une débauche de table, il a fait voir son adresse à couper des têtes Il y a dans l’Afrique des souverains qui versent le sang de leurs sujets de leurs mains; mais ces monarques passent pour des barbares. La mort d’un fils, qu’il fallait corriger ou déshériter, rendrait la mémoire de Pierre odieuse, si le bien.qu’il a fait à ses sujets ne faisait presque pardonner sa cruauté envers son propre sang 2.
Tel était le czar Pierre ; et ses grands desseins n’étaient encore qu’ébauchés lorsqu’il se joignit aux rois de Pologne et de Danemark contre un enfant qu’ils méprisaient tous. Le fondateur de la Russie voulut être conquérant; il crut qu’il pourrait le devenir sans peine, et qu’une guerre si bien projetée serait utile à tous ses desseins. L"art de la guerre était un art nouveau qu’il fallait montrer à ses peuples.
D’ailleurs il avait besoin d’un port à l’orient de la mer Baltique pour l’exécution de toutes ses idées. Il avait besoin de la province de l’Ingrie qui est au nord-est de la Livonie; les Suédois en étaient maîtres, il fallait la leur arracher. Ses prédécesseurs avaient eu des droits sur l’Ingrie, l’Estonie, la Livonie : le temps semblait propice pour faire revivre ces droits perdus depuis cent ans, et anéantis par des traités. Il conclut donc une ligue avec le roi de Pologne, pour enlever au jeune Charles Xll tous ces pays qui sont entre le golfe de Finlande, la mer Baltique, la Pologne et la Moscovie.
1. Dans un de ces repas trop à la mode alors, il tira l’épéc contre son favori Lefort; il lui demanda pardon, et disait qu’il voulait réformer sa nation, et qu’il ne pouvait pas encore se rélormer lui-même. Voltaire, Histoire de Russie,
2. On peut lire le ch. x de la seconde partie de V Histoire de Pierre le Gi'and par Voltaire, sur la condamnation du prince Alexis Pétrovitz.
3. L’Ixgrie était un pays qui comprenait à peu près le territoire du gouvernement actuel de Saint-Pétersbourg ; elle était habitée par des tribus linnoises ; les Suédois s'en emparèrent en 1609, et la conservèrent par le traité de Stolbova (1617) : Pierre la réunit à la Kussic en 1703. C’est une des plus tristes parties de la Russie (V. p. 32, noie 2), elle doit toute son importance à Saint-Pétersbourg,
□VUE SECOiNÜ.