‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 57 sur 285 · Balle morte, qui a perdu la plus · texte numérisé non relu

Balle morte, qui a perdu la plus

grande partie de l’impulsion qu’elle avait reçue.

.0. Ceux qui s’étaient retranchés derrière ces barricades, élevées avec des chariots , s’y défendirent jusqu’à la nuit. Charles, entraîné par son ardeur, voulut franchir un fossé pour pénétrer dans le retranchement ; mais il tomba dans la boue avec son cheval , et s’en tira avec beaucoup de peine ; il revint avec une seule botte et sans épée auprès de ses soldats.

6. Dolgorouki ( Voltaire l’appelle knès ou prince) ; c’était le nom d’une famille illustre, qui prétendait descendre de Rurik, et qui a fourni un grand nombre d’hommes distingués. Dolgorouki (Jacques Féodorovitch) , né en 1639, mort en 1720, fut le chef de la première ambassade , envoyée en France et en Espagne, en 1687 ; l’Académie des inscriptions, dit A^oltaire, célébra par une médaille cette ambassade, comme si elle fût venue des Indes ; mais, malgré la

LIVUF. SECOND.

kin*, Fédérowitz, vinrent se rendre au roi, et mettre leurs armes à ses pieds. Pendant qu’on les lui présentait, arriva le duc de Groï, général de l’armée, qui venait se rendre lui- même avec trente officiers Charles reçut tous ces prisonniers d’importance avec une politesse aussi aisée et un air aussi humain que s’il leur eût fait dans sa cour les honneurs d’une fête. Il ne voulut garder que les généraux. Tous les officiers subalternes et les soldats furent conduits désarmés jusqu’à la rivière de Narva: on leur fournit des bateaux pour la repasser et pour s’en retourner chez eux. Cependant la nuit s’approchait; la droite des Moscovites se battait encore: les Suédois n’avaient pas perdu six cents hommes : dixhuit mille Moscovites avaient été tués dans leurs retranchements ^ : un grand nombre était noyé : beaucoup avaient passé la rivière; il en restait encore assez dans le camp pour exterminer jusqu’au dernier Suédois. Mais ce n’est pas le nombre des morts, c"est l’épouvante de ceux qui survivent qui fait perdre les batailles. Le roi profita du peu dejour qui restait poursaisir l’artillerie ennemie. Il se posta avantageusement entre leur camp et la ville: là, il dormit quelques heures sur la terre, enveloppé dans son manteau, en attendant qu’il pût fondre, au point du jour, sur l’aile gauche des ennemis, qui n’avaitpoint encore été tout h fait rompue. A deux heures du matin le géné-

médaille, l’ambassadeur échoua. Après avoir combattu les Turcs, il fut pris à Narva, s’échappa après dix ans de captivité ; et, plus d’une fois, sut résister lionorablement aux volontés despotiques du tzar, qu’il accompagna dans son voyage en France (1717),

1. Golowkine ( Gabriel Ivanovitch, comte de ) , né on 1660, mort en 1734, fut grand-chancelier en 1709.

2. Les Russes n’eurent pas le temps de se reconnaître au milieu de ce nuage de neige qui leur donnait au visage, foudroyés par les canons qu’ils ne voyaient pas,” et n’imaginant point quel petit nombre ils avaient à combattre. Le duc de Croï voulut donner des ordres , et le prince Dolgorouki ne voulut par les recevoir. Les officiers russes se soulèvent contre les officiers allemands ; ils mas-

sacrent le secrétaire du duc, le colonel Lyon et plusieurs autres. Chacun quitte son poste ; le tumulte, la confusion, la terreur panique se répandent dans toute l’armée. Les troupes suédoises n’eurent alors à tuer que des hommes qui fuyaient. Le duc de Croi, le général Allard, les officiers allemands, qui craignaient plus les Russes soulevés contre eux que les Suédois , vinrent se rendre au comte Steinbeck. (Volt., Histoire de liussie, ch. XI.)

3. Voltaire, dans l’Histoire de Russie ^ dit que, du côté de Charles XII, il n’y eut guère que douze cents soldats de tués dans cette bataille ; et qu’en comptant les soldats qui périrent au siège de Narva et dans la bataille, et qui se noyèrent dans leur fuite, les Russes ne perdirent que six mille hommes.

ral Vede, qui commandait cette gauche, ayant su le gracieux accueil que le roi avait fait aux autres généraux, et comment il avait renvoyé tous les officiers subalternes et les soldats, l’envoya supplier de lui accorder la même grâce. Le vainqueur lui fit dire qu’il n’avait qu’à s’approcher à la tête de ses troupes, et venir mettre bas les armes et les drapeaux devant lui. Ce général parut bientôt après avec ses Moscovites, qui étaient au nombre d’environ trente mille. Ils marchèrent tête nue, soldats et officiers, à travers moins de sept mille Suédois. Les soldats, en passant devant le roi, jetaient à terre leurs fusils et leurs épées; et les officiers portaient à ses pieds les enseignes et les drapeaux L II fit repasser la rivière à toute cette multitude, sans en retenir un seul soldat prisonnier. S’il les avait gardés, le nombre des prisonniers eût été au moins cinq fois plus grand que celui des vainqueurs.

Alors il entra victorieux dansNarva, accompagné du duc de Groï et des autres officiers généraux moscovites: il leur fit rendre à tous leurs épées; et sachant qu’ils manquaient d’argent, et que les marchands de Narva ne voulaient point leur en prêter, il envoya mille ducats ^ au duc de Groï, et cinq cents à chacun des officiers moscovites, qui ne pouvaient se lasser d’admirer ce traitement, dont ils n’avaient pas même d’idée. On dressa aussitôt à Narva une relation de la victoire pour l’envoyer à Stockholm et aux alliés de la Suède ; mais le roi retrancha de sa main tout ce qui était trop avantageux pour lui et trop injurieux pour le czar. Sa modestie ne put empêcher qu’on ne frappât à Stockholm plusieurs médailles pour perpétuer la mémoire de ces événements. Entre autres on en frappa une qui le représentait d’un côté sur un piédestal, où paraissaient enchaînés un Moscovite, un Danois, un Polonais; de l’autre était un Hercule armé de sa massue, tenant sous ses pieds un Gerbère avec cetle légende: Très uno contuclit iclu^.

1. Portaient a ses pieds. — On dit plus ordinairement déposaient,

2. Ducat. C’est une pièce d'or dont la Naleur varie suivant les différents pays.

Le ducat de Prusse vaut 11 fr. 77 c.; le ducat de Saxe, 11 fr. 86 c.; le ducat de Hollande, 11 fr. 93 c., etc.

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