‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 59 sur 285 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

génuflexions^ révérences et actions de grâces, pour que lu nous aies ainsi abandonnés? Nous avions imploré ton assistance contre ces terribles, insolents, enragés, épouvantables, indomptables destructeurs, lorsque, comme des lions et des ours qui ont perdu leurs petits, ils nous ont attaqués, effrayés, blessés, tués par milliers, nous qui sommes ton peuple. Comme il est impossible que cela soit arrivé sans sortilège et enchantement, nous te supplions, ô grand saint Nicolas, d’elre notre champion et notre porte-étendard, de nous délivrer de celle foule de sorciers, et de les chasser bien loin de nos frontières avec la récompense qui leur est due. »

Tandis que les Russes se plaignaient à saint Nicolas de leur défaite, Charles XII faisait rendre grâces à Dieu, et se préparait à de nouvelles victoires.

Le roi de Pologne s’attendit bien que son ennemi, vainqueur des Danois et des Moscovites, viendrait bientôt fondre sur lui. 11 se ligua plus étroitement que jamais avec le czar. Ces deux princes convinrent d’une entrevue pour prendre leurs mesuresdeeoncert. Ils se virent à Birzen petite ville de Lithuanie, sans aucune de ces formalités qui ne servent qu’à retarder les affaires, et qui ne convenaient ni à leur situation ni à leur humeur. Lesprincesdu Nord se voient avec une familiarité qui n’est point encore établiedans le midi de l’Europe. Pierre et Auguste passèrent quinze jours ensemble dans des plaisirs qui allèrent jusqiràl’excès ; car le czar, qui voulait réformer sa nation, ne put jamais corriger dans lui-même son penchant dangereux pour la débauche.

Le roi dePolognes’engagea à fournir au czar cinquante mille hommes de troupes allemandes, qu’on devait acheter de divers princes, et que le czar devait soudoyer. Celui-ci, de son côté, devait envoyer cinquante mille Russes ^

1. L’entre-vue eut lieu le 8 mars 1701, à Birzen, petite ville sur les confins de la Courlande et de la Lithuanie, dans le pays qu’on appelle Sémigalle.

2. Il vaut mieux admettre le chifire de 20,000 soldats donné dans l’histoire de Russie J il auiait été dilücilc à Au-

guste de trouver 50,000 Allemands pour la Russie, surtout au moment où l’Allemagne se préparait à la guerre de la Succession -contre la France. Voltaire dit seulement que 4,000 Russes, commandés par le prince Repnin, se joignirent aux Saxons du maréchal Stenau.

IllSTOlHt: DE CHARLES XII.

en Pologne, pour y apprendre l’art de la guerre, et promenait de payer au roi Augusle trois millions de rixdales en deux ans. Ce traité, s’il eût été exécuté, eût pu être fatal au roi de Suède; c’était un moyen prompt et sûr d’aguerrir les ^Moscovites ; c’était peut-être forger des fers à une partie de l’Europe.

Charles XII se mit en devoir d’empêcher le roi de Pologne de recueillir le fruit de cette ligue. Après avoirpassé l’hiver auprès de Narva, il parut en Livonie auprès de cette même ville de Riga que le roi Auguste avait assiégée inutilement. Les troupes saxonnes étaient postées le long de la rivière de Duina, qui est fort large en cet endroit^ :il fallait disputer le passage à Charles, qui était à l’autre bord du fleuve. Les Saxons n’étaient pas commandés par leur prince, alors malade ; mais ils avaient à leur tête le maréchal Stenau, qui faisait les fonctions de général: sous lui commandaient le prince Ferdinand duc de Gourlande et ce même Patkul, qui défendait sa patrie contre Charles XII, l’épée à la main, après en avoirsoutenu les droits parla plume, au péril de sa vie, contre Charles XL Le roi de Suède avait fait construire de grands bateaux d’une invention nouvelle, dont les bords, beaucoup plus hauts qu’à l’ordinaire, pouvaient se lever et se baisser comme des ponts-levis. En se levant, ils couvraient les troupes qu’ils portaient; en se baissant, ils servaient de pont pour le débarquement. Il mit encore en usageunautreartiflce. Ayant remarqué que le vent soufflait du nord, où il était, au sud où étaient campés les ennemis, il fit mettre le feu à quantité de paille mouillée, dont la fumée épaisse, se répandant sur la rivière, dérobait aux Saxons la vue de

1 . La Dwina ou Duna prend sa source près de celle du Volga, dans le plateau du Valdaï, laisse entre son cours et celui du Dniéper une ouverture célèbre par la marche des Français en 1812, coule à Polotsk, Drissa, Dunabourg, illustrées dans cette campagne, et se jette dans le golfe de Livonie, au-dessous de Riga. Elle est peu profonde; son lit est embarrassé de rochers et. de hautes herbes , dont les feuilles ont parfois 7 mètres de longueur ; son cours est de plus de 800 kil.

2. La Gourlande (pays des Coures) est une province de Russie, au sud du golfe de Riga et de la Dwina, au nordest de la Prusse ; conquise par les chevaliers Teuloniques au milieu du xiii* siècle, elle devint un duché vassal de la Pologne, héréditaire dans la maison de Gothard Kettler (1561-1737). Elle a été incorporée défini tivcnieiil a la Russie en 1795. La partie intérieure porte le nom de Semigalle; la Gourlande est la plus agréable et la plus peuplée des trois provinces allemandes.

Page 1