LIVRE SECOND
ses troupes et de ce qu’il allait faire. A la faveur de ce nuage, il fit avancer des barques remplies de celte meme paille fumante; de sorte que le nuage, grossissant toujours et chassé par le vent dans les yeux des ennemis, les mettait dans rimpossibilité de savoir si leroi passait ou non ^ Cependant il conduisait seul Texécution de son stratagème. Étant déjà au milieu de la rivière: «Eh bien, dit-il au général Rehnskôld, la Duina ne sera pas plus méchante que la mer de Copenhague; croyez-moi, général, nous les battrons. ))I1 arriva en un quart d’heure à l’autre bord, et fut mortifié de ne sauter à terre que le quatrième. Il fait aussitôt débarquer son canon^, et forme sa bataille'^, sans que les ennemis, offusqués de la fumée, puissent s’y opposer que par quelques coups tirés au hasard. Le vent ayant dissipé ce brouillard, les Saxons virent le roi de Suède marchant déjà àeux^.
Le maréchal Stenaune perdit pas un moment: à peine aperçut-il les Suédois, qu’il fondit sur eux avec la meilleure partie de sa cavalerie. Le choc violent de cette troupe, tombant sur les Suédois dans l’instant qu’ils formaient leurs bataillons, les mit en désordre. Ils s’ouvrirent ; ils furent rompus et poursuivis jusque dans la rivière. Leroi de Suède les rallia, le momentd’après,au milieu de l’eau, aussi aisément que s’il eût fait une revue. Alors ses soldats, marchant plus serrés qu’auparavant, repoussèrent le maréchal Stenau, et s’avancèrent dans la plaine. Stenau sentit que ses troupes étaient étonnées il les fit retirer, en habile homme, dans un lieu sec, flanqué d’un marais et d’un bois, où était son artillerie. L’avantage du terrain,
1. LiîS historiens militaires, comme le chevalier Folard, ont Joué les passages (le rivières opérés par Charles XII. Ici, comme dans plusieurs circonstances, il s’inspira de l’exemple de Gustave - Aiiulj)he ; au passage du Lech, défendu par le célèbre Tilly, pendant que les Suédois construisaient un pont, sous le feu de leur artillerie, une épaisse fumée produite par d’énormes amas de bois vert et de paille mouillée, entassés et allumés à cet effet, dérobait les travailleurs à la vue des Bavarois,
CUARLES XII.